Les résultats du Bloc québécois aux élections fédérales - Oui, la montagne a bougé!

Dans une analyse superficielle, Le Devoir du 27 janvier affirme que la victoire historique du Bloc québécois dans certaines circonscriptions de Montréal et de l'Outaouais n'en est pas une, qu'elle ne relève que de la division du vote. Pour l'Outaouais, c'est une erreur grossière. Depuis presque 20 ans, en Outaouais, le vote fédéraliste était indivisible: il ne l'est plus. C'est une révolution. [...]

En octobre dernier, les chercheurs Gagné et Langlois, de l'Université Laval, nous apprenaient qu'en Outaouais, l'appui à la souveraineté aurait fait un bond considérable, passant de 27,5 % le jour du référendum à des intentions de vote qui s'élèveraient maintenant à 40,3 %. En 2004, dans Hull-Aylmer [...], le Bloc québécois perdait par 800 voix après avoir essuyé la défaite par 13 000 voix dix ans aupar-avant. Le 23 janvier dernier, les libéraux n'ont conservé qu'une seule circonscription dans la région, perdant l'une au profit des bloquistes et l'autre aux mains des conservateurs.

Exemple plus puissant encore: en novembre 2005, lors de l'élection à la mairie de Gatineau, presque tout le leadership outaouais était derrière le maire en poste, Yves Ducharme. Sa défaite sans équivoque a représenté la première rupture radicale en 25 ans entre les électeurs de l'Outaouais et leurs élites politiques et économiques. Oui, la montagne bouge.

Pourquoi ce changement?

En 1992, on évaluait que 30 % de la consommation de biens culturels par les citoyens de l'Outaouais se faisait à Ottawa. Depuis cette époque, le changement est radical. En 1992, la Maison de la culture et le Théâtre du Casino n'existaient pas. À eux seuls, ils représentent maintenant 265 000 billets vendus par année. Depuis la création du Grand Gatineau, toutes les salles à vocation culturelle ont vu leur achalandage augmenter sensiblement. Plus encore, il y a dix ans, Ottawa attirait 37 % des cinéphiles québécois alors qu'aujourd'hui, sa part est négligeable. [...]

Le changement est tout aussi radical dans le commerce au détail. Les fuites commerciales vers Ottawa sont passées de plus de 40 % au début des années 90 à 5 ou 10 % aujourd'hui. C'est tout le quotidien des gens d'ici qui est davantage tourné vers l'Outaouais.

Même phénomène en santé et en éducation. En 1982, l'Outaouais n'était autosuffisant en matière de soins de santé qu'à 60 %. Aujourd'hui, la région traite 86 % de ses patients. En éducation, entre 1992 et 2005, la population étudiante de l'Université du Québec en Outaouais a doublé alors que le nombre de programmes offerts s'est multiplié d'autant, évitant quantité d'inscriptions à Ottawa. [...]

Une nouvelle voix politique

En 1992, 40 % des travailleurs de l'Outaouais travaillaient dans Ottawa-Carleton (secteurs privé et public confondus). Aujourd'hui, selon Emploi Québec, cette proportion est tombée à 33,4 %. C'est une baisse considérable, d'autant plus que, pour y arriver, nous avons dû compenser l'embauche massive par les entreprises d'Ottawa en haute technologie.

Finalement, sur le front politique, la création, en 2001, de la nouvelle ville de Gatineau a permis à la région de se donner une voix politique plus forte que jamais, une voix qui porte loin les aspirations de la région et qui renforce considérablement son sentiment d'appartenance. [...] La définition même de la région change. Nous sommes maintenant «de l'Outaouais» alors qu'il y a peu, nous étions «d'Ottawa-Hull». [...]

Oui, la victoire du Bloc est historique. Pour la région, c'est la plus grande nouvelle en politique régionale depuis 30 ans. Plus personne ne peut nous tenir pour acquis. Cela décuple notre force politique. Pour le Québec aussi, la nouvelle est cruciale: chaque point de pourcentage gagné en Outaouais par les souverainistes équivaut à 14 000 votes. Si ce n'est pas dans la ville de Québec, ce sera peut-être en Outaouais que la prochaine bataille référendaire sera gagnée ou perdue.

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