Étude controversée sur les enfants en garderie - Pourquoi donner un nouveau coup de poing aux CPE?

On sait tous que les femmes ont la culpabilité facile. Les résultats de la récente étude sur les garderies, s'ils ont fait exploser le «culpabilitomètre» de plusieurs femmes, ont fait bondir mon agressivité et probablement le niveau d'anxiété de ma fille de quatre ans.

Je suis triste et profondément déçue qu'on interprète si froidement des chiffres qui dépeignent la réalité de milliers de familles québécoises mais surtout de milliers de jeunes êtres humains. Pour lire régulièrement des textes scientifiques dans le cadre de mon travail, je sais pertinemment que les résultats d'une recherche sérieuse pourront être renversés par trois autres études sérieuses dans les mois suivants.

Je dois vraiment vivre sur une autre planète ou faire du déni pathologique, mais la réalité que nous vivons ne ressemble pas aux conclusions de cette étude. Tous les jours, je croise des éducatrices aimantes mais fermes, à l'écoute des enfants et équitables envers chacun. Surtout, elles sont capables de mettre des limites et de les faire respecter, sans une once agressivité.

Je rencontre aussi des parents qui participent aux activités et aux sorties et qui sont soucieux de voir leurs enfants heureux. Souvent, je suis impressionnée par le calme qui règne dans les locaux où huit ou neuf enfants sont présents. Les enfants s'aiment, ça se voit, et ils sont aimés par les éducatrices... en plus des parents et de l'entourage. De l'amour, on ne peut jamais en avoir trop.

D'autres raisons

Depuis que j'ai entendu cette nouvelle, je m'interroge sur les raisons qui pourraient expliquer que les enfants soient plus anxieux ou plus agressifs. Jusqu'à maintenant, j'ai trouvé quelques éléments de réponse que je trouve humblement plus nuancés que les propos d'un certain pédiatre de renom...

D'abord, se pourrait-il que les enfants qui deviennent plus agressifs réagissent en fait aux limites qui leur sont imposées au centre de la petite enfance (CPE) et peut-être pas à la maison? Se pourrait-il aussi que cette augmentation de l'anxiété provienne du fait que les parents sont probablement plus anxieux car ils doivent faire plus avec moins au travail depuis plusieurs années? Et que dire de la télévision et des jeux vidéo qui censurent de moins en moins leur contenu violent?

À mon entrée à l'école, en septembre 1978, j'ai subi un choc énorme. Je n'étais pas allée à la garderie et j'étais complètement perdue. Je me souviens clairement d'avoir eu une longue période d'insomnie. Je ne comprenais pas que les enfants ne soient pas tous gentils comme mes cousins, ma soeur ou mes voisins. J'étais très timide et je le suis restée très longtemps.

Aujourd'hui, je suis fière de voir en ma fille une enfant confiante, dotée d'opinions, à l'aise en public, enjouée et allumée. Rien à voir avec ce qui est présenté dans cette étude. Je crois que mon chum et moi donnons une bonne éducation à notre fille, mais le coup de main du CPE est, à mon avis, énorme.

On ne peut pas éviter la vie en société à nos enfants. Ils doivent développer des habiletés sociales, et s'ils ne le font pas grâce aux CPE, ils devront le faire à l'école. À ce moment, ils feront face à enfants qui ont fréquenté les CPE et qui ont une longueur d'avance en matière de négociation, d'affirmation, de tact...

Il y a toujours eu des «tyrans de cour d'école». Je me félicite que ma fille puisse, lorsqu'elle y sera, affronter les moqueries et maintenir son estime de soi. Le travail des parents n'est-il pas de reprendre ce que l'enfant vit (au CPE ou à l'école), de l'amener à comprendre certaines réactions et d'y réagir adéquatement?

La ministre Théberge voit dans ces résultats un voyant rouge... J'y vois plutôt l'occasion pour le gouvernement de faire encore plus mal à ce réseau qui semble être devenu son bouc émissaire.

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