Libre opinion: L'obésité, une responsabilité collective

Un nouveau rapport vient de confirmer l'urgence de combattre l'obésité, qui est en train de devenir un des plus graves problèmes de santé publique au Québec. Or le combat contre ce nouveau fléau est une responsabilité collective. C'est ce que pensent les experts. C'est aussi ce que soutiennent les citoyens qui, l'hiver dernier, ont participé au Rendez-vous stratégique sur la santé organisé par l'Institut du Nouveau Monde*.

Les gouvernements recueilleraient l'appui de la population s'ils prenaient des mesures et consacraient des budgets appropriés à ce combat. Ils pourraient également compter sur le soutien des citoyens s'ils réglementaient sévèrement et taxaient l'activité des entreprises privées qui contribuent à une mauvaise alimentation.

Sans nier la part de la responsabilité individuelle (chacun est libre et responsable d'adopter des comportements sains pour lui-même), les quelque 200 citoyens et 30 experts réunis par l'INM en mai 2005 refusent toutefois d'être naïfs. La responsabilité individuelle peut difficilement s'exercer si les conditions objectives permettant d'adopter de bonnes habitudes de vie n'existent pas dans la communauté.

Un écolier peut difficilement se nourrir convenablement si les plats servis à l'école sont trop riches en féculents et trop pauvres en fruits et en légumes. Il est difficile de pratiquer un sport dans une localité qui n'offre aucun équipement sportif. Les gens utiliseront volontiers leur voiture individuelle si le service de transports en commun est déficient.

De plus, les individus ont peu d'impact sur des facteurs déterminants de la santé comme la qualité de l'air ou la condition socioéconomique. L'État a un rôle prépondérant à jouer pour améliorer l'environnement physique et l'environnement social, notamment combattre la pauvreté. De même, l'éducation est une des clés de la réussite, et celle-ci relève largement de l'État.

Réglementer et taxer

Enfin, chacun sait qu'il serait plus efficace de réduire la teneur en sel, en sucre ou en gras dans les aliments que de dépenser des fortunes pour essayer de convaincre les consommateurs d'en manger moins. Or il est notoire que les industriels de l'alimentation résistent aux réglementations sur la composition ou sur la publicité de leurs produits.

Les citoyens, au contraire, croient que l'État devrait agir vigoureusement pour contraindre les entreprises si celles-ci refusent d'agir de manière responsable. Les participants au Rendez-vous stratégique de l'INM ont notamment recommandé:

- que l'État assume pleinement son rôle de législateur et de protecteur du bien public en réglementant et en taxant ce qui est collectivement nocif sur le plan de la santé. Les revenus de ces taxations devraient être réinvestis en éducation à la santé;

- que l'État abolisse les subventions aux entreprises qui produisent des biens et services nuisibles pour la santé;

- qu'on impose à l'industrie alimentaire une taxe sur la publicité de ses produits réputés à risque pour la santé lorsqu'ils sont consommés régulièrement.

Les citoyens ont aussi recommandé différentes mesures de promotion de la santé et d'éducation alimentaire auprès des enfants et des adultes dans les écoles, les services de garde, les services de loisir et les points de service gouvernementaux, y compris le retrait de la malbouffe des écoles, des hôpitaux et des pharmacies. Ils souhaitent que l'État multiplie les actions favorisant l'activité physique, y compris le soutien aux transports en commun.

L'action du gouvernement doit être globale. La santé est une responsabilité de l'État dans son ensemble et non seulement du ministère de la Santé et des Services sociaux. Les pouvoirs de la Direction de la santé publique devraient être élargis.

De même, les citoyens recommandent la création d'un bureau d'audiences publiques en santé (BAPS) afin que tout projet d'importance devant être développé sur un territoire donné soit soumis à une étude d'impacts indépendante sur la santé de la population, selon le modèle des études du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Ce bureau aurait aussi comme mandat d'évaluer l'impact sur la santé de l'ensemble des nouvelles politiques du gouvernement, peu importe le ministère dont cette politique relèverait.

* Le compte rendu complet du Rendez-vous stratégique de l'INM sur la santé est disponible sous la forme d'un livre intitulé 100 idées citoyennes pour un Québec en santé et publié aux éditions Fides.

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