Le Québec emprunte aux Mexicains

Le ministère des Finances vient de conclure le premier emprunt de son histoire sur le marché financier mexicain. Cet emprunt d'une valeur de 1,5 milliard de pesos et d'une échéance de dix ans a été fait moyennant un coût de 4,56 %, ce qui est plus avantageux que le financement proposé par les marchés canadiens.

Au-delà des avantages financiers consentis par le marché mexicain, cet emprunt vient concrétiser le cul-de-sac financier dans lequel est plongé le Québec depuis plus de 20 ans. Malgré l'atteinte de l'équilibre budgétaire en 1998, le Québec continue de s'endetter tout en voyant son nombre potentiel de contribuables diminuer d'ici quelques années. Le Québec a besoin d'un plan de résorption de la dette publique immédiatement.

Évidemment, on ne peut pas dissocier les effets du déséquilibre fiscal de la situation d'endettement du Québec. Le mauvais partage de l'assiette fiscale entre Ottawa et Québec est en partie responsable de ce dérapage financier. L'élection d'un gouvernement conservateur est un pas dans la bonne direction, mais encore faudra-t-il que ce dernier s'entende avec l'ensemble des provinces.

Celles-ci reconnaissent l'existence du déséquilibre fiscal par le truchement du Conseil de la fédération, mais les moyens de correction ne semblent pas être uniformes. Les premiers ministres Harper et Charest doivent prendre conscience de l'urgence de la situation.

Mauvais choix passés

Le déséquilibre fiscal n'explique pas à lui seul la situation précaire des finances publiques québécoises. Les mauvais choix financiers des précédentes générations ont aussi pesé lourd dans l'endettement collectif des Québécois. Entre 1975 et 1994, les gouvernements qui se sont succédé ont mis en place une inéquation dangereuse, alliant diminutions fiscales, augmentation des dépenses courantes et déficits galopants.

La fin de la récréation a été sonnée par le gouvernement de Daniel Johnson alors que le déficit atteignait quelque six milliards. Lucien Bouchard a par la suite poursuivi avec la loi antidéficit, mais le mal était fait. Comment régler le tout? Les solutions ne sont pas nombreuses et seront douloureuses.

Déjà, le groupe des lucides sous le leadership de Lucien Bouchard a proposé une augmentation des tarifs hydroélectriques et une augmentation de la taxe de vente. Jacques Ménard a quant à lui proposé l'instauration d'une taxe santé, un peu comme vient de le faire le gouvernement McGuinty. Le Québec aura aussi à regarder du côté de la Régie des rentes. Les baby-boomers qui prendront bientôt leur retraite pourraient aussi être mis à contribution. La solidarité intergénérationnelle doit prendre une forme concrète.

L'économie québécoise va plutôt bien depuis quelques années, le taux de chômage et le taux d'emploi étant presque à des niveaux historiques. Face à cette conjoncture économique positive, il est temps de planifier correctement le remboursement de nos dettes. C'est d'ailleurs ce qu'on tente d'enseigner aux adolescents dans les cours d'économie familiale au secondaire: faire un bon usage du crédit!

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