Le pas de l'IRA

Sans Sandy Row, quartier de Belfast où les paramilitaires protestants sont historiquement influents, l'annonce lundi du désarmement «complet» de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) a été accueillie avec suspicion. Qui s'en étonnera? La méfiance mutuelle est un ressort principal du conflit qui oppose catholiques et protestants en Irlande du Nord et laissé des milliers de morts sur les consciences. Cela montre que le jour n'est pas encore venu où les deux communautés, débarrassées de leurs réflexes sectaristes, formeront un gouvernement bicéphale et partageront le pouvoir, conformément aux Accords du Vendredi Saint, conclus en avril 1998.

Ce n'est pas rien, malgré tout, que l'un des groupes paramilitaires les plus puissants de notre époque démantèle ainsi son arsenal après trente-six ans d'opérations militaires et terroristes anti-britanniques et des années d'efforts soutenus, à défaut d'être toujours habiles, de la part du général canadien John de Chastelain, président de la commission indépendante de désarmement créée par les accords. D'autant que le désarmement de toutes les factions nord-irlandaises, catholiques et protestantes, est une condition préalable essentielle au progrès du processus de paix. Vient donc de se produire — tardivement, il est vrai — un événement majeur, historique et extraordinaire, quoiqu'en dise le révérend Ian Paisley, adversaire obtus de l'accord de 1998 et chef des démocrates unionistes (DUP), premier parti protestant en l'Irlande du Nord.

Sceptique, ce dernier soulève bien une objection justifiée. La destruction des armes, des munitions et des explosifs s'est faite devant témoins et sur plusieurs jours, mais de façon «confidentielle», c'est-à-dire sans caméras, à la requête de l'IRA pour laquelle le démantèlement public de leur arsenal aurait été une «humiliation» inacceptable. Sauf que, concluant dès lundi à l'«échec complet» de la commission, le révérend trahissait du même souffle sa mauvaise foi en répétant qu'il ne partagerait pas le pouvoir avec les catholiques du Sinn Fein, l'aile politique de l'IRA. Ian Paisley a tout intérêt à décrédibiliser le désarmement républicain: le geste de l'IRA augmente la pression sur le camp unioniste afin qu'il désarme à son tour les organisation paramitaires loyalistes.

Vrai que, faute de preuves visuelles, les garanties données par le général de Chastelain n'effacent pas les soupçons. L'IRA, une organisation au comportement mafieux, ne disparaît pas pour autant. Les vérifications de la commission diront au cours des prochains mois si elle a effectivement cessé ses activités paramilitaires et criminelles. Par transparence, la commission devrait par ailleurs tendre l'oreille aux critiques des partis unionistes modérés et rendre publics, avec précision, le type et la somme des armes éliminées par les républicains.

Les voix modérées, justement. L'espoir et la bonne volonté qui s'étaient manifestés suivant la conclusion des Accords du Vendredi Saint, il y a sept ans, se sont évaporés au profit d'une radicalisation emmenée par les radicaux du Sinn Fein et du DUP. Le geste de l'IRA est l'occasion de faire mentir les purs et durs de Sandy Row.