La drôle de négociation

Dans un geste inattendu, mais compréhensible, les deux centrales syndicales, CSN et FTQ, ont annoncé vendredi qu'elles revoyaient à la baisse leurs demandes salariales en vue d'en arriver à une entente avec Québec dans la série de négociations qui commence à peine pour elles. Le geste mérite d'être souligné, mais il ne suffira pas pour clore le débat, tant s'en faut.

Alors qu'elles demandaient des augmentations de 12,5 % sur trois ans (2003 à 2006), les centrales CSN et FTQ ont annoncé, vendredi dernier, qu'elles avaient réduit leurs attentes à 13,5 % répartis sur cinq ans et demi (2003 à 2008), soit 3 % pour chacune des deux premières années, puis 2,5 % pour les trois années suivantes. À cela, il faut ajouter une clause d'indexation au coût de la vie, un règlement sur l'équité salariale et des améliorations diverses dans les conditions de travail.

Selon l'évaluation faite par le Conseil du trésor, les nouvelles demandes syndicales feraient grimper les coûts de rémunération de 7 milliards par année, et les dépenses totales du gouvernement à ce chapitre passeraient ainsi de 25 à... 32 milliards d'ici à 2008, sans aucune amélioration des services. C'est plus du double de l'offre gouvernementale qu'on évalue à 3,2 milliards par année.

On le constate, même si l'écart se rétrécit, il reste considérable. Peut-on faire l'hypothèse que les revenus de l'État grimperaient d'un pourcentage aussi considérable que 28 % en trois ans? Poser la question, c'est y répondre.

Si les centrales syndicales ont décidé de couper leurs demandes en deux avant même d'avoir entrepris des moyens de pression, c'est qu'elles connaissent la détermination du gouvernement Charest et qu'elles ne sont pas en mesure de lui opposer la mobilisation nécessaire de leurs membres.

Quant au gouvernement, il n'est certes pas en mesure de laisser grimper ses dépenses plus rapidement que ses revenus, pas plus qu'il ne peut hausser les impôts et les tarifs de toutes sortes dans le seul but d'éviter l'affrontement avec les syndicats.

À 8 % d'augmentation d'ici trois ans en plus d'un règlement du dossier de l'équité salariale et d'améliorations diverses aux conditions de travail d'une valeur supplémentaire d'un milliard récurrent, l'offre actuelle du gouvernement se rapproche de ce qu'imposaient la logique et le bon sens. La question qui vient à l'esprit dans les circonstances est évidemment de savoir pourquoi Québec a ouvert son jeu avant même que ne débutent les négociations?

Cette stratégie gouvernementale, qui limite désormais sa marge de négociation, crée un malaise certain dans la population. De deux choses l'une: ou l'offre initiale constitue vraiment une offre finale comme le laisse entendre la présidente du Conseil du trésor, et les grandes manoeuvres d'automne finiront inévitablement par une loi d'exception, aveu d'échec; ou le gouvernement se réserve une marge de manoeuvre de quelques dizaines de millions qu'il n'est pas prêt à mettre sur la table à ce stade précoce des négociations, ce qu'il faut souhaiter.

Entre-temps, il y a le dossier des enseignants de la CSQ qu'on croyait réglé, mais qui traîne toujours. Étant passés à la caisse quelques semaines avant le déclenchement des dernières élections, les enseignants tentent maintenant d'arracher des concessions au chapitre de la tâche individuelle. Ils savent que négocier rapidement est le meilleur moyen pour eux d'obtenir davantage que l'ensemble des syndiqués du secteur public. Belle illustration du proverbe qui veut que charité bien ordonnée commence par soi-même. Dans le monde syndical comme ailleurs.