Plus de mal que de bien

On peut employer tous les qualificatifs que l'on voudra, y accoler toutes sortes de nuances, mais, au total, ce nouveau Festival international des films de Montréal se termine sur un échec qui est d'autant plus grave que les attentes étaient très élevées. Un échec dont les effets se feront sentir d'abord sur ses organisateurs, mais aussi sur l'industrie québécoise du cinéma et sur la réputation de Montréal à l'étranger.

À qui la faute? À l'équipe Spectra? Celle-ci aura bien sûr à faire son autocritique, mais il serait injuste de la rendre responsable de tous les maux. Son erreur aura été d'abord d'accepter d'être à la tête d'une aventure impossible voulue par le milieu du cinéma et souhaitée par les gouvernements québécois et canadien par l'entremise de leurs organismes subventionnaires que sont la Société de développement des entreprises culturelles (Sodec) et Téléfilm Canada.

Que fut donc le point de départ de cette aventure, sinon la frustration de voir Toronto damer le pion à Montréal alors que le Festival des films du monde de Serge Losique peinait à se renouveler. Les organismes subventionnaires lui ont demandé de changer sa formule, puis de se tasser. Il a refusé. L'homme a du caractère et est pour le moins entêté. S'en est suivi un appel d'offres pour l'organisation d'un nouveau festival dont le FFM était dans les faits exclu.

Le scénario, tel qu'imaginé par la Sodec et Téléfilm, relevait pour une large part de la pensée magique. Rien ne s'est déroulé comme prévu. Même privé de subventions, Serge Losique s'est débattu comme un diable dans l'eau bénite pour tenir son festival. Puis il y a eu les batailles de dates avec l'autre festival, le Festival du nouveau cinéma, et enfin les chicanes internes opposant la direction artistique à l'équipe d'organisation. On se rend compte aujourd'hui que faire naître un nouveau festival est une opération complexe. À vouloir ainsi forcer le sort, on aura dépensé en vain quelques millions, dont plus de deux venant des fonds publics.

Faut-il, malgré cet échec, abandonner l'idée de donner à Montréal un grand festival de cinéma? Surtout pas. La disparition du Festival international de nouvelle danse enseigne que Montréal a tout à perdre à ne pas se donner les moyens d'avoir un événement rassembleur qui stimule la création et contribue au développement des publics. Soulignons le mot rassembleur, car cette première expérience a davantage exclu que rassemblé. On a fait davantage de mal que de bien. Les premiers à se livrer à un examen de conscience devraient être la Sodec et Téléfilm. Ils ne peuvent plus ignorer que leur démarche portait les germes de cet échec qui se renouvellera l'an prochain si les rivalités demeurent entre les trois festivals. Il faut en faire des événements complémentaires plutôt que concurrents.