Nids-de-poule et ruelles tristes

Les élections municipales du 6 novembre prendront l'allure d'un match revanche dans plusieurs villes. À Québec et à Montréal, on voit ainsi les perdants de 2001 tenter un retour inspiré tantôt par l'honneur, tantôt par la nostalgie de l'époque pré-fusions. Les nouvelles villes nées il y a quatre n'ayant pas tenu toutes leurs promesses, certains électeurs pourraient être tentés par un retour en arrière.

Dans la métropole, la campagne électorale qui s'est ouverte hier ressemblera à s'y méprendre à la précédente alors que Pierre Bourque tentera de reprendre le siège de maire que lui avait ravi Gérald Tremblay. Les discours sont les mêmes à peu de choses près et la lutte s'annonce rude.

Pierre Bourque est un battant qui n'avait perdu la mairie que par 32 000 voix en 2001. Il avait dû sa défaite aux banlieues intégrées de force à Montréal. Depuis, l'actuel maire a certes pu recruter des partisans dans les châteaux forts de son adversaire, mais il en a perdu dans les anciennes banlieues dont plusieurs retrouveront le 6 novembre leur autonomie. Sur le plan de la mathématique électorale, tout demeure possible.

L'acharnement que met le maire Tremblay depuis déjà quelques semaines dans sa campagne montre qu'il ne tient rien pour acquis, d'autant que le Pierre Bourque de 2005 ressemble beaucoup à celui de 1998, qui avait réussi miraculeusement à faire oublier l'échec de son premier mandat. Le populiste qu'il est séduit l'électeur à qui il présente une vision toute simple de l'avenir de Montréal, une ville où il fait bon vivre, une ville sans nids-de-poule et sans ruelles tristes... comme autrefois.

Ce discours sur les nids-de-poule porte car les Montréalais ont l'impression que ceux-ci se sont multipliés en quatre ans. Gérald Tremblay a lui aussi fait de leur élimination un de ses principaux engagements électoraux, reconnaissant qu'il n'a pas su régler ce problème hérité de ses prédécesseurs. Pourtant, il y a bien d'autres enjeux dans cette campagne électorale. Avec ces élections, on tournera la page sur le long chapitre du débat fusions-défusions qui, pendant huit ans, aura mobilisé l'essentiel des énergies des élus. Montréal est aujourd'hui prête à prendre son envol. La direction à lui faire prendre devrait être la première question à laquelle s'arrêter.

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Dans la Vieille Capitale, ce sont davantage les trous dans le budget municipal que ceux dans les rues qui semblent retenir l'attention des deux principaux candidats que sont l'ancien (et bref) ministre libéral de la Justice, Marc Bellemare, et l'ancienne mairesse de Sainte-Foy, Andrée Boucher, candidate malheureuse contre Jean-Paul L'Allier à la mairie du nouveau Québec en 2001.

La tentation du retour en arrière est forte chez ces deux candidats qui observent tous deux que les fusions n'ont pas engendré les réductions de taxes promises. Les fusions ne pouvant être remises en question, ce sont les services qui le seront par les coups de baguette qu'ils donneront à la dette et aux dépenses. Il faut remplacer «les cigales par les fourmis», dixit Mme Boucher qui, instantanément, s'est retrouvée dans le peloton de tête dès qu'elle fit acte de candidature.

Si les nids-de-poule sont moins nombreux à Québec qu'à Montréal, l'une des raisons est certainement que l'on y a davantage investi dans les infrastructures et leur entretien. Cela a un prix. Il ne suffit pas d'être économe comme la fourmi, il faut aussi être prévoyant. Montréal et Québec étant les deux grands pôles du développement de la province, elles méritent certainement d'avoir à leur tête des hommes et des femmes qui ont cette qualité et qui, à défaut d'être les meilleurs communicateurs, sont capables d'avoir une vision de l'avenir de leur ville. Dans cette campagne, il faut demander à tous les candidats de l'exprimer clairement.

bdescoteaux@ledevoir.ca