Sans voiture, mais encore?

L'activité «En ville, sans ma voiture» qui s'est déroulée hier à Montréal, comme dans plusieurs centaines de villes de la planète, a été un franc succès, si on en croit les organisateurs. Tant mieux! Cependant, pour dire les choses avec franchise, voilà le genre de manifestation qui donne bonne conscience mais qui ne change rien.

Il faisait bon marcher rue Sainte-Catherine à l'heure du dîner, hier. Le seul bruit qu'on pouvait entendre provenait des ouvriers de la construction qui étaient à l'oeuvre ici et là ou de la musique que certains marchands faisaient jouer pour attirer l'attention des passants. Sans le vrombissement incessant des voitures, sans la poussière ambiante, le centre-ville devient presque... intolérable. Puis, le temps de comprendre ce qui se passe, on se rend compte que la vie en ville pourrait aussi ressembler à cela si nos dirigeants avaient le courage de faire de l'amélioration de la qualité de vie leur priorité.

Pour cela, il ne suffit pas de bannir l'usage de la voiture. Toutes les villes du monde qui interdisent l'auto dans leur centre-ville offrent un moyen alternatif efficace et confortable. Imaginons qu'on interdise la voiture individuelle entre 8h et 18h dans le quadrilatère Papineau, Atwater, Sherbrooke et René-Lévesque mais qu'on y fasse circuler un tramway en boucle sur Maisonneuve et René-Lévesque, à intervalles de deux minutes, au coût de 0,25 $ par passage pour les gens qui ne possèdent pas déjà la CAM. Tout le monde pourrait ainsi monter et descendre au besoin pour ses déplacements de proximité avant de prendre le métro ou le train de banlieue pour sortir du centre-ville à la fin de la journée. Ne serait-ce pas là une façon d'inciter les gens à aller au centre-ville en dehors des heures de pointe ou, mieux, à y venir autrement qu'en voiture pour profiter de ce service une fois sur place?

Cela étant, un tel moyen ne peut évidemment pas suffire à régler les problèmes des embouteillages à l'entrée de la ville et du smog de plus en plus inquiétant à Montréal. Pour que les banlieusards et les habitants des extrémités de l'île délaissent la voiture pour se rendre au travail ou aux études, il faut aussi investir dans l'implantation de trains légers dans les axes nord-sud et est-ouest ainsi que dans la qualité des services de transport en commun.

Le métro vieillit, les pannes sont plus fréquentes, ce qui force les usagers à prendre un taxi pour ne pas être en retard au travail. Dans le cas des trains de banlieue, le service s'est beaucoup amélioré depuis dix ans, mais les retards sont fréquents là aussi et les wagons de plus en plus bondés, au grand dam des passagers, qui doivent passer de longues minutes debout. Et que dire des autobus montréalais dans lesquels on entasse les passagers comme des sardines aux heures de pointe et dont la fréquence est insuffisante et les chauffeurs trop souvent antipathiques?

Décidément, si on tient vraiment à changer les choses, il faudra beaucoup plus qu'une demi-journée de fête par année, rue Saint-Catherine. Tellement plus!

j-rsansfacon@ledevoir.com