Changement de génération

Bernard Landry ne sera pas candidat à sa propre succession à la tête du Parti québécois. Par un bref communiqué, l'ancien premier ministre a mis fin hier au suspense. Il restera simple militant, comme promis lors de sa démission survenue à la suite d'un vote de confiance insatisfaisant lors du dernier congrès de son parti en juin dernier. Sage décision que celle-là.

Son engagement politique est ce qui définit d'abord Bernard Landry. Ces 40 dernières années, il les aura consacrées presque entièrement à la construction d'un Québec moderne et à la défense de l'idée de souveraineté. Le moins qu'on lui devait était de lui laisser cette période de réflexion alors que ses amis le pressaient de revenir sur sa résolution première.

Décidée impulsivement, sa démission était inattendue. À peine 24 heures s'étaient-elles écoulées que l'ancien chef péquiste s'était mis à douter de la sagesse de son geste qui aurait été, a-t-on fait valoir en guise d'excuse, inspiré par des conseillers mal avisés. La suite des événements devait confirmer que son instinct l'avait malgré tout bien guidé.

Au fil des conversations et des coups de sonde, Bernard Landry a ainsi pu constater cet été que ses appuis étaient plus que fragiles. Nombre de militants, y compris les députés, lui avaient déjà tourné le dos sans attendre qu'il ait terminé sa période de réflexion. Conclusion: être candidat dans de telles circonstances ne pouvait le conduire qu'à une défaite humiliante qu'il ne méritait pas après toutes ces années de militantisme ou, tout au mieux, à une victoire si serrée qu'il n'aurait pas eu de véritable autorité sur le parti.

La décision que vient de prendre l'ancien premier ministre est saine. En se retirant définitivement, il permet au Parti québécois de vivre son premier véritable changement générationnel. À une exception près, celle du bref passage à la tête du parti de Pierre Marc Johnson, qui était issu de la génération de la prise du pouvoir le 15 novembre 1976, le Parti québécois a toujours préféré faire confiance à des leaders de la génération de la Révolution tranquille, dont ont été, chacun à leur manière, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry.

Un tel changement était de plus en plus souhaité parmi les militants ainsi que les partisans du Parti québécois, qui s'est transformé ces dernières années sous l'impulsion tout particulièrement, il faut le souligner, de M. Landry. Ceux qui croient que ce parti est un parti de têtes grises se trompent. On y trouve des gens de toutes les générations et de toutes les couleurs aussi qui aujourd'hui veulent que leur chef ressemble davantage à ce que leur parti est devenu.

Passer la main à une autre génération n'est jamais facile. Rares sont les chefs politiques qui le font de bonne grâce. La résistance dans le cas présent n'est pas venue que de Bernard Landry. Elle fut aussi le fait des militants de sa génération, qui croyaient savoir et pouvoir mieux que les plus jeunes. Hier, on a assisté à la fin heureuse de ce sociodrame.

Ce moment, le Parti québécois l'attendait depuis déjà quelques années. Depuis au moins la défaite d'avril 2003 aux mains des libéraux de Jean Charest, si ce n'est depuis la démission de Lucien Bouchard, qui n'avait pas donné lieu, comme le souhaitaient plusieurs, à une course au leadership. En témoigne la multitude de candidats qui se bousculent pour succéder à Bernard Landry. Ce sera bientôt treize à la douzaine. Qu'ils soient aussi nombreux illustre le bouillonnement d'idées, d'ambitions, d'expériences et de volontés qui animent le parti. Cela fait partie du processus de changement en cours. Reste à voir ce que chacun des candidats a dans la tête et dans le ventre.