À plus tard...

Le dépôt de la Constitution irakienne a été remis à la semaine prochaine. Les causes de ce retard? Les représentants des principales communautés ne sont pas parvenus à un accord sur trois sujets lourds de conséquences: la place de l'islam dans l'architecture juridique, le fédéralisme et la rente pétrolière. Déclinons les positions de chacun.

Forts de l'autonomie dont ils jouissent depuis une douzaine d'années, les Kurdes militent avec autant de passion que de vigueur pour l'instauration d'un système fédéral dessiné sur la géographie ethnique de l'Irak. Leur projet est simple. Il consisterait, grosso modo il va sans dire, à établir une province kurde au nord enclavant la ville de Kirkouk et son importante réserve pétrolière, une province sunnite au centre et à l'ouest, une autre chiite à l'est et au sud. Si ce plan était accepté, les sunnites seraient les dindons de la farce car ils sont concentrés dans un environnement désertique.

À l'inverse des Kurdes qui souhaitent une séparation de l'État et de la religion, les chiites défendent avec énergie l'imposition d'un fédéralisme religieux. Pour le premier ministre Ibrahim al-Jaafari ainsi que pour les représentants chiites au sein du groupe constitutionnel, l'islam devrait être la source principale du droit tout en admettant certaines exceptions afin que soient respectées certaines traditions culturelles. On pense notamment au mariage et à l'héritage.

Les sunnites sont farouchement opposés au fédéralisme géographique des Kurdes et au fédéralisme religieux des chiites. Dans le premier cas parce qu'ils ont évidemment compris que le gros de la rente pétrolière leur échapperait. Dans le deuxième cas parce que les divergences théologiques les séparant des chiites, leurs frères ennemis, les transformeraient en citoyens de seconde zone. Si les chiites parvenaient à imposer leurs vues, les sunnites seraient victimes de ségrégation. Ces derniers prônent une décentralisation administrative.

Cela étant, ce dossier constitutionnel comprend une grande inconnue: l'Iran. Conscientes dès août 2002 que les États-Unis préparaient leur offensive en territoire irakien, les plus hautes autorités iraniennes ont peaufiné une stratégie de manière à imprimer leur influence sur le cours des choses. Par exemple, on se souviendra que la semaine dernière un leader chiite du sud du pays a créé tout un émoi en lançant l'idée d'un sud autonome.

Or, dans cette partie de l'Irak, les maîtres du jeu sont les Iraniens. Dans les jours précédant le début de la guerre dite officielle, ils ont investi les mosquées, les universités et d'autres sphères d'activité, ils ont épaulé leurs frères chiites militairement et financièrement, le tout afin d'imposer leurs vues le moment venu. Ce qu'ils désirent à long terme? Fédérer le monde chiite.

La carte iranienne échappant aux forces de la coalition, il est probable que la Constitution, si Constitution il y a, sera à l'image en partie de ce que Téhéran souhaitait. Soit construire les bases d'une République islamique à venir.