Le maître de Gaza

Le retrait israélien de Gaza ayant débuté, la principale question qui va se poser à court terme est probablement la suivante: est-ce que le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas parviendra à supplanter le Hamas dans son fief? Détaillons.

À la faveur du scrutin tenu en janvier dernier, Mahmoud Abbas fut élu président de l'Autorité palestinienne. Quinze jours après, l'étendue du pouvoir qu'il venait juste de gagner s'est amenuisée lorsque les candidats défendant les couleurs du Hamas ont remporté les élections municipales organisées dans Gaza. Ce faisant, après avoir investi les secteurs de l'éducation et de la santé, ce mouvement religieux qu'est le Hamas élargissait son emprise à la sphère politique.

Du coup, c'est le cas de le dire, Abbas s'est retrouvé entre l'arbre et l'écorce. Entre la nouvelle génération de leaders palestiniens bien implantée à Gaza et la vieille garde concentrée en Cisjordanie qui rechigne à laisser la place. Les premiers, c'est à retenir, regardent les seconds avec rage en raison du haut degré de corruption qui gangrène l'Autorité palestinienne.

Vu le contexte, on imagine aisément combien la marge de manoeuvre d'Abbas fut mince. S'il peine encore et toujours à imposer son autorité aux diverses factions qui composent l'OLP, il est tout de même parvenu à réformer les services de sécurité que Yasser Arafat avait créés en grand nombre pour mieux asseoir sa domination. De treize, ces derniers ont été ramenés à trois. Ce n'est pas rien. Cette rationalisation s'est traduite par un essor de l'efficacité sur un front qui va occuper une place centrale, si ce n'est LA place, dans les jours qui viennent.

Car tous les acteurs des environs se demandent quelle position le Hamas va adopter. Soit il accepte de démanteler ses milices et remet les armes aux autorités, soit il décide de tirer profit, à l'image du Hezbollah au Liban, du retrait des Israéliens et s'engage dans une lutte frontale avec Abbas et le clan dit de Tunis qui regroupe les vétérans de la cause palestinienne. Si l'on se fie à la campagne que le Hamas a lancée il y a peu, on peut prévoir un durcissement des relations avec Abbas. De quoi s'agit-il? Le Hamas a organisé un concours de murales vantant les exploits qu'il a réalisés afin d'obtenir le départ des Israéliens.

Sur le plan économique, la situation est catastrophique. Les gens ont été réduits à vivre avec trois fois rien, confrontés à toutes les difficultés que suppose l'occupation et notamment la multiplication au cours des quatre dernières années des postes de contrôle. Quant aux finances publiques de Gaza, elles sont dans un état de déshérence: 75 % des gens ne payent pas d'impôts. Cela est attribuable aux raisons citées mais aussi à une autre trop peu évoquée: le non-respect des engagements pris par les pays du golfe Persique.

Selon les accords signés, les cinq nations du Golfe doivent allouer 55 millions de dollars américains à l'Autorité palestinienne mensuellement. Pas une fois, ces pays n'ont tenu leur promesse. Résultat net, le groupe des cinq doit la bagatelle de 900 millions! Évidemment, le plan économique élaboré pour améliorer les conditions économiques et sociales des Palestiniens affiche un certain retard. Au passage, on retiendra que l'administration du plan a été remise entre les mains de James Wolfensohn, ancien patron de la Banque mondiale.

Ici et là, on estime que si ces sommes avaient été versées à qui de droit, soit à l'Autorité palestinienne, Abbas serait aujourd'hui dans une position beaucoup plus confortable. Mais voilà, à qui l'Arabie saoudite notamment accorde-t-elle une assistance financière réelle? Au Hamas depuis que Yasser Arafat et les vétérans de Tunis avaient pris le parti de Saddam Hussein lors de la première Guerre du Golfe.

Si on souhaite que la suite du retrait israélien se fasse sans encombre, il faudrait forcer, entre autres choses, la main avaricieuse de certains. À plus de 60 $ le baril, ce n'est pas l'argent qui manque.
1 commentaire
  • Claude L'Heureux - Abonné 16 août 2005 23 h 33

    Des lumières s.v.p.

    On apprend que les colons reçoivent 20 000$ pour quitter les lieux et recevrons 800 000$ en guise de dédommagement. On apprend aussi que ce sont les États-Unis et... le Canada qui payeront la notte. (Le Point, lundi soir)

    Question I: Pourquoi Sharon ne menace-t-il pas de ne donner que la valeur de leurs cabanes aux colons qui ne quittent pas volontairement?

    Question II: Que recevront les Palestiniens pour occuper le bande de Gaza et combien donneront le Canada et les États-Unis pour reconstruire ce qui aura été détruit? Que voilà une belle politique de développement durable!