Vite, une course

Les statuts du Parti québécois laissent à la direction de cette formation toute liberté pour engager au moment qu'elle souhaite le processus de sélection d'un successeur à Bernard Landry. De nombreuses raisons militent cependant pour que le vide laissé par la démission inattendue de celui-ci, samedi dernier, soit comblé au plus vite.

L'échéancier de cette campagne au leadership sera déterminé d'abord par des impératifs d'ordre stratégique. La direction du parti fera ainsi cette semaine un premier examen du calendrier des événements dont plusieurs échappent à son contrôle, la plus grande inconnue étant pour celui-ci la perspective d'élections fédérales pouvant survenir à tout moment.

Pour certains, il serait préférable de reporter le choix d'un nouveau chef à l'an prochain, après la tenue de ces élections qui, selon l'engagement pris par le premier ministre Paul Martin, devront avoir lieu au plus tard au mois de février prochain. L'objectif est double: ne pas priver le Bloc québécois de l'appui des militants du Parti québécois durant une campagne électorale et permettre au chef actuel du Bloc, Gilles Duceppe, de demeurer à son poste jusqu'après ces élections.

Un tel échéancier, s'il était retenu, favoriserait le chef bloquiste qui aurait alors le meilleur des deux mondes. Il ferait l'élection fédérale d'où il sortirait auréolé par une victoire sans précédent du Bloc au Québec. Sa popularité actuelle en serait encore accrue et faciliterait son élection à la tête du Parti québécois s'il décidait d'être candidat à ce poste.

Procéder ainsi pourrait cependant être néfaste à la candidature de Gilles Duceppe. Nombreux sont les militants péquistes qui y verraient une reprise de la scène du sauveur venu d'Ottawa. Ils en garderaient un goût amer. Pour les autres candidats, cela créerait un déséquilibre inacceptable. S'il doit y avoir une course au leadership, plutôt qu'un couronnement, il faut que les conditions soient équitables pour tous.

Reporter d'un an le choix d'un nouveau chef signifierait par ailleurs que la campagne au leadership serait tout simplement prolongée d'autant, avec tous les dangers que cela comporte. Cette campagne, n'en doutons pas, est déjà en cours. Même s'il n'y a que Pauline Marois qui a fait part de ses intentions, ce serait naïveté de croire que les autres candidats potentiels attendent sagement le signal de départ.

Quelle que soit la personne qui sera choisie pour succéder à Bernard Landry, il faut aussi penser que celle-ci aura besoin de temps pour s'acclimater à sa nouvelle fonction. Il lui faudra prendre le contrôle du parti, panser les blessures des perdants, préparer la prochaine campagne électorale et surtout s'imposer auprès des Québécois comme un futur premier ministre.

Le Parti québécois se trompe s'il croit avoir beaucoup de temps en banque pour se préparer à la prochaine élection. Le nouveau chef péquiste, s'il était élu au cours de l'automne aurait vraisemblablement 18 mois pour se préparer. Ce pourrait être un peu plus, mais aussi un peu moins. La décision appartient à Jean Charest qui voudra profiter de la première embellie. Se rappelant avoir été lui-même coincé en 1998 par le premier ministre Lucien Bouchard qui ne lui avait laissé que quelques mois pour s'habituer à ses nouveaux habits de chef du Parti libéral, il ne voudra donner aucune chance à ses adversaires.

La situation politique présente est d'une extrême volatilité. On l'a encore vu hier à Ottawa avec la décision d'un député libéral de désormais siéger comme indépendant. Tout peut arriver. Attendre est un luxe que n'a pas le Parti québécois.

bdescoteaux@ledevoir.ca

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