L'euro en question

Abstraction faite des non-souverainistes ou des nationalistes, la majorité de ceux qui ont rejeté le traité constitutionnel en France ainsi qu'aux Pays-Bas avaient des motivations d'ordre économique. Plus précisément, ils n'acceptent plus que des politiciens aient abandonné à des non-élus des pouvoirs parfois énormes sur la marche des affaires.

Dans le diagnostic qu'il pose sur le résultat de dimanche dernier, Jean-Paul Fitoussi, éminent professeur à Sciences-Po, avance que le non français s'explique en partie par «la présence de la partie III impliquant que les gouvernements restent télécommandés par des institutions indépendantes conduisant des politiques prédéfinies». On a beau avoir introduit l'expression «économie sociale de marché», bien des citoyens n'ont pas été dupes du fait que depuis la création de la Banque centrale européenne, donc de l'euro, les politiciens n'ont plus la même maîtrise qu'ils avaient auparavant de la chose économique et que cette constitution ne prévoyait pas de changement à cet égard.

Si les rédacteurs du texte n'ont pas cherché à modifier d'un iota l'étendue des pouvoirs macroéconomiques dévolus notamment à la Banque européenne, on commence ici et là à s'interroger. Ainsi, en Allemagne, le ministre des Finances et le président de la Bundesbank ont évoqué, selon un hebdomadaire, un échec de l'euro. Hier, le ministre italien du Travail y a clairement fait écho en suggérant que l'Italie se retire de la zone euro.

Il est évident que l'euro n'est pas le seul responsable des écueils économiques que rencontrent la majorité des pays qui l'ont adopté. Il reste que depuis son introduction, on constate qu'il n'a pas rempli ses promesses. On s'attendait à plus de croissance? Depuis son implantation, en 1999, la croissance du PIB dans la zone euro a été de seulement 1,2 %. Pas de quoi ramener la courbe du chômage à des niveaux plus acceptables que ceux qui ont cours en Allemagne ou en France à l'heure actuelle.

En Italie, on est plongé dans une récession qui s'annonce si violente, selon des économistes, qu'on craint une «argentinisation» du pays. En Espagne, les pressions inflationnistes sont si prononcées que cette nation est d'ores et déjà au-delà (3,5 %) des cibles fixées par Bruxelles. A contrario, on observe qu'en Grande-Bretagne et en Suède, deux pays qui ont tenu à conserver leur indépendance, c'est-à-dire le contrôle sur les taux de change, la progression du PIB y est plus forte.

À la lumière des raisons strictement économiques qui ont poussé des milliers de Néerlandais et de Français à dire non, il faut espérer de la part des politiciens une réappropriation de certains outils accordés à des tiers. Pour ce qui est de l'euro, peut-être devraient-ils s'inspirer des obligations faites au patron de la... Réserve fédérale américaine. Contrairement à son pendant européen, l'américain est imputable, en partie, de la montée du chômage.

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