Une éternité de moins

C'est du jamais vu. Depuis 18 mois, la popularité du gouvernement Charest ne cesse de chuter, à tel point qu'il lui sera de plus en plus difficile d'inverser ce mouvement. La conjoncture politique telle qu'elle se dessine favorisera le Parti québécois mais aussi le Parti libéral du Canada qui, inévitablement, apparaîtra au Canada anglais comme étant le seul rempart contre la sécession du Québec.

Retrouver la faveur populaire ne sera pas chose facile pour Jean Charest car l'impopularité de son gouvernement, constatée une autre fois cette semaine par un sondage CROP-La Presse, ne tient pas à une insatisfaction passagère envers certaines de ses politiques. La constance du sentiment des Québécois est telle qu'on approche de la rupture du lien de confiance qui permet aux gouvernements de naviguer à travers les épreuves malgré tout.

Pour retrouver la faveur de ses concitoyens, le premier ministre a expérimenté diverses avenues. Il y a d'abord eu celle de la concertation au printemps dernier. Il avait alors lancé ses forums régionaux, suivis à l'automne du Forum des générations, qui avait réuni les principaux acteurs socioéconomiques du Québec pour débattre de déficits démographique et budgétaire. Insatisfaisante, la recherche de consensus a laissé place à un nouveau mot d'ordre. Désormais, les ministres doivent éviter les décisions controversées afin de ne pas heurter les électeurs, une voie qui n'a pas toujours le succès escompté, comme l'illustrent les excuses présentées cette semaine par la ministre de la Famille, Carole Théberge, aux gestionnaires de garderies.

Si les libéraux de Jean Charest ont encore du temps devant eux, celui-ci file rapidement. Six mois sont une éternité en politique, rappelait en avril Jean Charest, qui disait avoir devant lui «six éternités» puisqu'il lui restait trois ans avant la fin de son mandat. Les résultats de ce dernier sondage devraient lui confirmer qu'il en a déjà une de moins. La session du printemps, celle du budget, n'a d'aucune façon permis d'améliorer les choses. Au contraire, sa popularité s'est encore dégradée.

La prochaine «éternité» qu'il a devant lui sera déterminante. L'automne prochain sera la saison des grandes négociations avec les employés du secteur public. On s'attendra à ce qu'il réussisse à éviter l'affrontement sans par ailleurs acheter à fort prix la paix avec les grandes centrales syndicales. Il n'a d'ailleurs guère d'autre choix car son impopularité actuelle lui interdit de vouloir casser les syndicats.

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Réunis en congrès ce week-end, les militants du Parti québécois auront trouvé de multiples raisons de rêver à un retour au pouvoir dans le dernier sondage CROP. Les principaux indicateurs leur sont tous favorables, y compris celui de l'appui accordé à la souveraineté. Ils auraient toutefois tort de croire que l'affaire est dans le sac. Le cours des choses peut encore évoluer.

Une de ces choses pourrait bien être la réélection du gouvernement Martin à Ottawa avec, si ce n'est une majorité aux Communes, un nombre suffisant de sièges pour conclure une alliance avec le NPD qui lui assurerait une certaine stabilité. La perspective d'un retour au pouvoir du Parti québécois sera un argument de poids auprès des électeurs du Canada anglais pour qu'ils confient de nouveau la défense du pays aux libéraux plutôt qu'à des conservateurs dont les convictions sont à ce point incertaines qu'ils ont osé pactiser avec le Bloc québécois.

Il pourrait aussi arriver que le premier ministre Charest convienne d'ici un an qu'il n'est plus l'homme de la situation. Pour étonnante qu'elle puisse être, la chose est possible. Dans certains cercles, elle est évoquée. Son successeur aurait alors «deux ou trois éternités» pour refaire l'image du gouvernement libéral. Cela pourrait alors inciter Bernard Landry à laisser sa place à Gilles Duceppe à la tête du Parti québécois. Nous ne sommes pas au bout des surprises.

bdescoteaux@ledevoir.ca

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