Wal-Mart doit changer

C'est aujourd'hui qu'a lieu en Arkansas l'assemblée des actionnaires de Wal-Mart. En prévision de cette rencontre, le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises, un réseau de communautés religieuses et d'investisseurs «responsables», a fait parvenir une lettre à la direction de Wal-Mart pour appuyer la requête de leurs homologues américains qui demandent à l'entreprise de rendre compte de ses interventions en matière de développement durable, y compris le respect des droits de ses employés.

Fait nouveau, la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui possède quelques millions d'actions de Wal-Mart, entend aussi demander à la direction d'«améliorer son modèle», pour reprendre l'expression du président de la Caisse, Henri-Paul Rousseau.

On se rappellera qu'au début de mai, Wal-Mart a fermé son magasin de Jonquière, le seul qui était syndiqué en Amérique du Nord, sous le faux prétexte d'une rentabilité déficiente. En fait, il était écrit dans le ciel que la compagnie n'accepterait jamais de négocier une convention collective avec ce premier syndicat. La fermeture de cette succursale devait servir d'exemple aux dizaines d'autres groupes d'employés qui songent à se syndiquer. Quand on est le plus grand détaillant au monde, assumer la perte d'une fermeture locale n'est rien au regard du risque de devoir négocier avec des dizaines de syndicats. Car pour la famille Walton, la formule Wal-Mart ne pourrait pas survivre à la négociation collective, pourtant reconnue comme un droit fondamental.

À court terme, la stratégie a été efficace puisqu'au moins un groupe d'employés, celui de Brossard, a refusé, par vote, de se syndiquer. Mais d'autres ont poursuivi leurs démarches, et il ne serait pas surprenant d'assister sous peu à la naissance de quelques syndicats dûment accrédités. Wal-Mart fermera-t-elle systématiquement tous ses magasins syndiqués? Le simple fait de poser la question montre bien l'absurdité de ce fameux modèle Wal-Mart dont le président de la Caisse de dépôt appelle à des transformations.

Il est temps que les grands investisseurs institutionnels comme la Caisse se servent de leur pouvoir au sein des conseils d'administration pour amener les entreprises fautives à modifier leurs pratiques de gestion. L'objectif de la Caisse est de produire le meilleur rendement possible pour ses déposants, certes, mais même en acceptant cet à-priori, les interventions de ces grandes organisations deviennent nécessaires lorsque les pratiques de certaines grandes entreprises bafouent des droits humains et sont susceptibles de nuire un jour ou l'autre aux intérêts des actionnaires.

Le «modèle» d'efficacité Wal-Mart équivaut à un retour cent ans en arrière. Au cours des derniers mois, l'image de la compagnie a été ternie, ce qui a nui à la performance du titre sur les marchés. À force de pressions, Wal-Mart n'aura bientôt plus le choix: elle devra s'amender sous peine de devenir, aux yeux de ses propres clients et actionnaires, l'exemple de ce que l'Amérique peut faire de pire.

j-rsansfacon@ledevoir.com

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