Follow the money

Trente ans après la démission du président Nixon, l'identité de Deep Throat a été dévoilée. Celui qui avait aiguillé l'enquête menée par les journalistes du Washington Post Carl Bernstein et Bob Woodward dans la foulée du cambriolage commis au Watergate s'appelait donc Mark Felt, numéro deux du FBI au moment des faits. Son rôle a avant tout consisté à guider les pas du duo «Woodstein» dans la très haute administration. Lui orientait, eux fouinaient. «Follow the money», leur recommandait-il.

Le secret ayant été levé, on en sait davantage sur les motivations qui ont convaincu Felt de prendre un risque énorme. Avant tout, il faut rappeler qu'Edgar J. Hoover, dont Felt était le protégé, est mort un mois seulement avant l'infraction du Watergate. À la tête du FBI pendant près de 50 ans, Hoover disait aux présidents quoi faire et non l'inverse. Après la mort de Hoover, Nixon a pris la décision de nommer un politique à la tête du célèbre bureau afin justement de changer radicalement le rapport de force que le très craint Hoover était parvenu à imposer.

Ce changement de culture a, dit-on, fortement ébranlé les convictions de Felt. Observateur scrupuleux des devoirs qui incombent aux serviteurs de l'État, Felt envisageait avec horreur la reprise en main d'un pan important de l'appareil d'État par des élus. Le cafouillage du Watergate mais surtout l'ingérence des politiques dans l'enquête qui s'ensuivit l'ont convaincu de confier à Woodward ce qu'il savait des agissements décidés à la tête du pouvoir exécutif.

Cela étant, on retiendra un des commentaires formulés avant-hier par Carl Bernstein. Lequel? Que le principe même de la source dont on protège l'identité est sérieusement remis en question aux États-Unis. Par exemple, deux journalistes du New York Times sont passibles d'emprisonnement si la Cour suprême des États-Unis décrète qu'ils doivent rendre public le nom d'une source. S'ils refusent...

Selon Bernstein, si la protection des informateurs avait été questionnée à l'époque de Nixon, jamais ils n'auraient mis au jour les coups tordus que lui et sa garde rapprochée avaient conçus. En ce sens, le Watergate est un cas d'histoire et donc une leçon. Si la possibilité d'utiliser des sources anonymes était amputée, il est évident que le droit du public à l'information serait réduit à une peau de chagrin.

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