Un premier coupable

Un premier aveu de culpabilité criminelle vient de tomber dans le scandale des commandites. Paul Coffin, l'ex-président de Coffin Communications, a reconnu sa faute à 15 chefs d'accusation de fraude. Voilà qui lui évitera un procès, mais on ne connaîtra que plus tard le sort qui lui sera réservé par la justice. De plus, M. Coffin a promis de rembourser l'argent gagné illégalement. De un.

Si on se fie aux accusations, Paul Coffin aurait empoché près de deux millions de dollars après avoir soumis de fausses factures au gouvernement fédéral. Sa compagnie faisait partie de la poignée d'agences de communication proches des libéraux fédéraux qui administraient des commandites. Lors de son passage devant la commission Gomery, M. Coffin avait aussi affirmé avoir servi d'intermédiaire pour un contrat de publicité vantant le bien-fondé de la loi sur la clarté référendaire, contrat qu'Ottawa voulait confier à la firme de publicité BCP. Hier, le président de BCP, John Parisella, a dit ne pas savoir pourquoi Ottawa avait fait appel à Coffin au lieu de s'adresser directement à sa firme. Or M. Parisella devrait comprendre que les gens du Conseil privé ne voulaient pas qu'on les accuse de confier la propagande d'une loi aussi controversée à des gens identifiés de trop près aux libéraux. À elle seule, cette anecdote nous montre par l'absurde combien les rapports politiques pouvaient compter dans l'octroi de contrats à des firmes de communication au cours de l'ère Chrétien.

Lundi, l'ex-chef de cabinet de M. Chrétien, Jean Pelletier, est revenu témoigner à sa propre demande devant la commission. Son objectif non avoué, mais combien évident, était d'ériger un mur dans l'esprit du commissaire entre le bureau de l'ex-premier ministre et l'homme le plus discrédité par les travaux de la commission, l'imprimeur Jacques Corriveau. L'entourage de Jean Chrétien n'en peut plus d'être associé à ce curieux personnage que plusieurs témoins ont présenté comme un proche influent de l'ex-premier ministre. L'homme aurait empoché des millions en «honoraires» pour des travaux qui n'auraient jamais été effectués, selon les dires de témoins, dont l'ex-président de Groupaction, Jean Brault.

Appelé à répondre aux questions de la commission à deux reprises, Jacques Corriveau a non seulement tout nié, il s'est aussi permis de jouer les vierges offensées devant un juge Gomery visiblement exaspéré par tant d'arrogance et de mauvaise foi. La seule chose qu'il a admise, c'est que la firme Pluri-Design dont il était le propriétaire avait payé le salaire de trois militants du parti pendant quelques mois sans revendiquer quoi que ce soit en échange ni même le faire savoir à qui que ce soit. Quelle superbe de la part d'un homme devenu millionnaire grâce à ses relations aux plus hauts échelons du Parti libéral et du gouvernement Chrétien!

Paul Coffin a avoué sa culpabilité, Jean Brault et Charles Guité subiront leur procès sous peu, mais, à l'évidence, la GRC a encore beaucoup de pain sur la planche.

j-rsansfacon@ledevoir.com

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