À propos de sondages

Qui dit vrai? Léger Marketing, qui soutient que 54 % des Québécois sont disposés à appuyer la souveraineté, ou CROP, qui affirme que cet appui est toujours minoritaire et se situe plutôt à 47 %?

Péremptoirement, nos collègues de La Presse ont répondu à cette question en prenant parti sans réserve pour les données avancées par CROP. Il le fallait bien puisque les résultats de ce sondage publiés hier auraient pu paraître sans valeur face à ceux du sondage Léger Marketing dont les résultats avaient été publiés la veille par The Globe and Mail et Le Devoir.

Pour se justifier plutôt que de simplement constater les divergences de résultats, La Presse s'est permis de faire la leçon à la maison Léger Marketing et, à travers elle, au Devoir dans un article prétentieusement intitulé «CROP corrige les résultats de Léger Marketing sur la souveraineté». Justification vite devenue dénigrement.

Cet article est construit pour l'essentiel autour de l'hypothèse selon laquelle la question référendaire du sondage Le Devoir-The Globe and Mail donnait des résultats plus élevés que ceux du sondage de La Presse parce que «contaminée» par des questions préalables portant sur le scandale des commandites. Or rien n'est plus faux. La première question de ce sondage avait trait à l'intention de vote à un éventuel référendum sur la souveraineté et ne venait donc pas après une série de questions qui auraient préparé les personnes interviewées à répondre OUI plutôt que NON.

Insidieusement, l'auteur de cet article laisse croire à de la manipulation en soutenant que le questionnaire de ce sondage n'avait pas été remis aux deux journaux qui le commanditaient. L'erreur est d'autant plus grave qu'il aurait été facile de vérifier la chose avec la direction du journal. La vérité est que non seulement nous avons vu le questionnaire, nous n'y avons trouvé aucune forme de contamination. Nous l'avons dès lors approuvé sans réserve.

Comme journal, nous avons la responsabilité de présenter aux lecteurs l'information la plus fiable possible. S'il va de soi que les sondages comportent toujours une marge d'erreur, il nous faut chaque fois nous assurer que les règles de l'art sont respectées. Nous travaillons depuis plusieurs années avec Léger Marketing qui, rappelons-le, est la firme qui avait prédit avec le plus d'exactitude les résultats du référendum de 1995. Nous avons toute confiance en son travail. Dans le cas présent, les résultats du sondage que nous avons publiés mercredi nous sont apparus comme présentant une lecture réaliste de l'état de l'opinion publique. Nous n'avions aucune raison de croire le contraire, et nous n'en avons pas davantage après avoir lu le procès d'intention que nous a fait notre confrère de la rue Saint-Jacques.

bdescoteaux@ledevoir.ca