L'interdit espagnol

Trois semaines après que le gouvernement français eût commandé la dissolution du groupuscule d'extrême-droite Unité radicale, c'est au tour du gouvernement espagnol d'ordonner la mise entre parenthèses d'une formation politique non négligeable. Il s'agit en effet du parti basque Batasuna. Après avoir enquêté pendant cinq ans sur les us et coutumes financiers de cette formation, le juge Baltasar Garzon, célèbre depuis l'arrestation de Pinochet, a mis à jour les liens étroits qu'il y avait entre cette organisation et l'ETA. Grosso modo, Batasuna était davantage qu'une simple et innocente vitrine légale du courant indépendantiste basque.

Comme il se doit, les élus espagnols ont sauté sur l'occasion fournie par le juge Garzon pour voter par une large majorité la mise au ban de Batasuna. À la suite des conclusions du juge qui prouvent que ce parti est un appendice de l'ETA, qu'il est loin, dit autrement, d'observer la distance qui existe entre l'IRA et le Sinn Fein, les députés de droite comme de gauche ont voté la résolution en question tout en précisant que les personnes élues sous la bannière Batasuna pourraient continuer à siéger au Parlement.

Toute cette opération a été menée aussi rondement que rapidement après que l'ETA eût commis au début du présent mois un autre de ces attentats barbares dont il est coutumier. En refusant de prononcer les mots qui se conjuguent avec la compassion, histoire de se dissocier des fanatiques de l'ETA, Batasuna n'a fait que précipiter le geste que l'on sait. À cet égard, on notera, on retiendra que pas une fois au cours des 30 dernières années, soit depuis que les sectaires de l'ETA ont opté pour la violence aveugle, que pas une fois donc Batasuna n'a formulé le moindre regret.

Pire, Batasuna s'est presque toujours abstenue de critiquer les deux organisations de jeunes qui, au cours des deux dernières années, ont multiplié les bastonnades, fréquemment accompagnées de cocktails Molotov. Pour la seule année 2000, les jeunes de Jarraï — organisation à qui revient le devoir, si l'on peut dire, de faire la lutte dans les rues — ont signé 350 attentats. En général, les élus locaux, les nationalistes modérés et les journalistes sont les cibles de prédilection de ces militants qui adhérent à un projet qui, derrière ses louvoiements sémantiques, cache une idéologie raciste, sectaire, fanatique.

Batasuna désormais déclarée hors-la-loi, la très grande majorité des Basques (85 %) qui s'opposent à la politique revue et corrigée par l'ETA, sont dans l'obligation d'amorcer un débat sur les enjeux que cet interdit implique. Depuis que l'Espagne a opté pour la démocratie, les pouvoirs accordés tant aux Basques qu'aux Catalans s'avèrent de loin plus imposants que ceux alloués aux landers allemands. De quoi méditer!