Berlusconi coincé

La démission annoncée hier de Silvio Berlusconi n'en est pas vraiment une. Il n'y aura ni élections générales ni défection d'un des partis membres de la coalition au pouvoir mais bel et bien un remaniement ministériel. Cela étant, ce remaniement a ceci de distinct qu'il révèle la fragilité d'un gouvernement ébranlé par les résultats désastreux du tout récent scrutin régional. À la faveur de celui-ci, la gauche a hérité de 16 des 20 régions que compte le pays.

Lors de ce rendez-vous électoral, les Italiens ont sanctionné la coalition au pouvoir pour deux raisons: les magouilles politico-financières et le pourrissement de l'environnement économique. Les magouilles? À deux reprises, Berlusconi a essayé de leurrer la population en proposant une réforme du paysage médiatique qui lui aurait permis de grossir son empire ainsi qu'en soumettant une loi qui aurait amputé l'indépendance des juges. À chaque occasion, Berlusconi s'est heurté au président italien Carlo Azeglio Ciampi, qui n'a pas voulu accorder son imprimatur. Au passage, on se rappellera que le ministre de la Défense, Cesare Previti, a démissionné après avoir été reconnu coupable de corruption; Previti avait été avocat d'affaires de Berlusconi pendant des années. Quant à son ex-bras droit Marcello Dell'Utri, il a été emprisonné pour son copinage avec la mafia.

Sur le plan économique, la gestion de Berlusconi s'est avérée une catastrophe. Depuis son accession au pouvoir, le PIB progresse à pas de tortue: à peine 1 % l'an dernier. Son administration des finances publiques a été si irresponsable que la dette du pays dépasse passablement le PIB. Pire, la Chine, l'Inde, la Turquie ainsi que l'Europe de l'Est font une vive concurrence à ce qui constitue depuis des lunes le bastion italien, soit le textile et le meuble. Quoi d'autre? En recherche et développement, le pays est le mouton noir des nations industrialisées. Résultat: sa compétitivité est des plus faibles.

Conséquence logique de ce fatras économique, l'Union des démocrates du centre (UDC) devrait récolter davantage de portefeuilles ministériels que précédemment. En effet, c'est ce parti qui a provoqué la crise actuelle en se retirant du cabinet. Inquiétés par les résultats des régionales et le mécontentement découlant des politiques économiques, les membres de cette formation semblent décidés à frapper un grand coup. Le but? Imprimer des marques sur l'action gouvernementale et anesthésier celle de l'Alliance nationale et de la Ligue du Nord, les deux partis fascistes de la coalition. Chose certaine, si Berlusconi ne donne pas satisfaction à l'UDC, celle-ci n'hésitera pas à le faire tomber. Si les députés et les sénateurs de l'UDC font défection, Berlusconi n'aura plus la majorité absolue au Parlement et au Sénat. Il serait grand temps que ce dirigeant soit enfin coincé.