Aucune marge

C'est demain que le ministre des Finances du Québec, Michel Audet, présentera le troisième budget du gouvernement Charest. C'est alors que nous saurons dans quelle proportion le premier ministre a accepté de diluer sa promesse électorale de réduire les impôts de un milliard supplémentaire chaque année au cours de son mandat. Pour avoir une petite idée de l'exercice auquel le ministre Audet a dû se livrer depuis sa nomination, amusons-nous à faire quelques calculs rapides.

D'entrée de jeu, faisons l'hypothèse que le gouvernement profitera l'an prochain d'une augmentation de revenus équivalente à celle de l'année en cours (3,4 %), donc de 1,8 milliard. Ajoutons une contribution supplémentaire de 200 millions de la part d'Hydro-Québec, pour un total de deux milliards. Cette croissance inclut l'augmentation des transferts fédéraux pour la santé et la péréquation. Voilà calculée grossièrement la marge de manoeuvre dont dispose le gouvernement.

Comment utiliser ces deux milliards? Il y a d'abord l'augmentation incompressible des dépenses en santé et en éducation: 1,1 milliard dans le premier cas (5,5 %) et 300 millions dans le second (2,5 %). Puis il y a le service de la dette qui devrait accaparer au moins 200 millions de plus. Pour le reste, supposons un gel global rendu possible par une relocation des ressources. En somme, avant même d'introduire quelque réforme, ajout de personnel ou augmentation de salaire, nous voilà à 1,6 milliard de dollars de dépenses supplémentaires.

Or il y a le renouvellement des conventions collectives échues depuis deux ans. Les syndiqués demandent 4 % par année, soit un milliard en 2003-04, deux milliards en 2004-05 et trois milliards en 2005-06. La demande est surréaliste, alors supposons un gel pour la première année et la moitié des demandes pour 2004-05 et 2005-06. Le résultat est tout de même impressionnant: 500 millions de plus l'an dernier et le double cette année, pour un total de 1,5 milliard à inscrire à titre de comptes à payer en 2005-06. Tenons pour acquis que ces sommes incluent un règlement sur l'équité et toute bonification aux conditions de travail, notamment en éducation où la CSQ revendique à elle seule l'embauche de 8000 enseignants et professionnels, au coût estimé de 700 millions par année. Un acquis qui ne l'est pas encore, évidemment...

Récapitulons: 1,6 milliard pour la croissance incompressible des coûts et 1,5 milliard pour les règlements salariaux, pour un total global de 3,1 milliards en dépenses... mais deux milliards en recettes supplémentaires.

Question: grâce à quelle astuce comptable le ministre des Finances réussira-t-il à boucler son budget tout en réduisant les impôts? La réponse demain.

j-rsansfacon@ledevoir.ca