Déception

L'Église catholique a un nouveau pape: Benoît XVI, nom qu'a adopté le cardinal Joseph Ratzinger pour son pontificat. À ce premier conclave du troisième millénaire, les pères de l'Église ont fait un choix, qui en est un de réaction aux bouleversements du monde moderne, mais peut-être aussi à la métamorphose qu'a fait subir Jean-Paul II à l'institution.

On peut être déçu mais pas surpris du choix des cardinaux de confier le siège de saint Pierre à Joseph Ratzinger, identifié au courant conservateur. Une majorité d'entre eux étaient, dès le départ, acquis à l'élection d'un traditionaliste et il faut croire que l'homélie aux allures de discours-programme prononcée par le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi au cours de la messe inaugurale du conclave a porté. Il aura su convaincre ses collègues qu'un raffermissement de la doctrine de l'Église face aux défis du monde moderne s'impose.

Quel pape sera Benoît XVI? Il est difficile d'apporter aujourd'hui des réponses certaines puisque la fonction peut changer l'homme. Sa pensée est par contre bien connue. Il faut revoir ses conférences ou ses «instructions» comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui sont autant de portes fermées sur des changements doctrinaux, qu'il s'agisse de procréation, de sexualité, du célibat des prêtres, du rôle des femmes dans l'Église, de l'ouverture aux autres Églises. La dénonciation, faite dans son homélie de lundi, des errements de la modernité n'était pas la première. Lorsqu'il rappelle «qu'une foi adulte n'est pas une foi qui suit les courants de la mode», il faut y voir une indication donnée à ses pairs que, devenu pape, il ne changera pas.

Le pontificat de Benoît XVI verrouille les espoirs de changements que l'on attendait en Occident. Dans cette partie du monde, il reste que certains «courants de la mode» constituent des réalités incontournables. L'Église d'Occident se retrouvera plus que jamais en porte-à-faux avec son peuple si elle ne s'ouvre pas à des changements qui reconnaissent les réalités du monde contemporain. Dans d'autres parties du monde, l'Église catholique fait face au fondamentalisme musulman ou encore au fondamentalisme évangélique. Faut-il leur opposer un autre fondamentalisme? Le choix semble avoir été fait dans ce conclave, ce qui est très regrettable.

Si, sur le plan de la doctrine, Benoît XVI sera aussi rigoureux, sinon plus, que Jean-Paul II, son pontificat sera certainement très différent sur le plan institutionnel. Jean-Paul II représentait un saut énorme dans l'histoire de cette institution, ayant été le premier pape non italien depuis 450 ans. Les cardinaux qui l'avaient désigné avaient fait un choix politique audacieux que leurs successeurs n'ont pas osé répéter. L'audace aurait consisté, cette fois, à se tourner vers le sud, où l'avenir de l'Église se trouve pour une large part.

Comme institution, l'Église catholique porte le poids de sa tradition et ne peut changer que lentement. Après s'être fait imposer de multiples transformations par Jean-Paul II, les cardinaux auront voulu faire une pause. Joseph Ratzinger sera certainement un pape moins politique que ne le fut Karol Wojtyla. S'il devait intervenir dans cette sphère, ce sera moins pour faire tomber des barrières, comme Jean-Paul II l'a fait à Varsovie et à Jérusalem, mais plutôt pour en dresser. Son opposition à l'admission de la Turquie à la CEE est bien connue. L'Europe est à ses yeux catholique, ou tout au moins chrétienne, et doit le demeurer. Le patronyme qu'il a choisi pour son pontificat n'est-il pas celui du saint patron de l'Europe?

Benoît XVI n'est pas doté du même charisme que son prédécesseur qui, grâce à son sens de la communication et à ses voyages, en est arrivé à personnifier l'Église comme aucun de ses prédécesseurs ne l'avait fait. Trop au goût des cardinaux qui avaient le désir d'une plus grande collégialité, ce que le choix d'un pape de transition âgé rendra possible. Si ce qu'ils nous disent est que l'Église ne se réduit pas au pape, peut-être trouvera-t-on là le seul message rassurant de ce conclave.

bdescoteaux@ledevoir.ca