Le point mort

Le dialogue entre la Chine et le Japon est au point mort. Jamais depuis 1972, date à laquelle ces deux nations avaient rétabli des liens diplomatiques, les relations n'ont été aussi tendues qu'actuellement. À preuve, la rencontre du ministre japonais des Affaires étrangères avec son homologue chinois, à Pékin, s'est déclinée sur le mode acerbe et non apaisant. Chacun accusait l'autre d'être responsable de la montée en force d'un sentiment anti-japonais de plus en plus inquiétant.

À Pékin, il semble que les autorités soient plus enclines que jamais à vouloir récolter les dividendes politiques de leur puissance économique. Pour ce faire, le gouvernement chinois a instrumentalisé le ressentiment qu'éprouve la population à l'endroit du Japon en permettant à celle-ci de manifester, dans un pays réputé pour interdire aux individus le droit justement de manifester. Le prétexte choisi? La réédition d'un livre d'histoire qui fait effectivement l'impasse sur les horreurs commises par l'armée japonaise dans les années 30 et 40.

Entre deux marches de protestation, les responsables chinois se sont empressé de marteler qu'ils feraient barrage à la candidature du Japon au Conseil de sécurité. Ils tiennent d'autant plus à contrer Tokyo sur ce front que, il y a peu, le premier ministre nippon a exprimé son souhait de renforcer le partenariat stratégique avec les États-Unis. Et ce, dans le but notamment de réduire à une peau de chagrin l'ambition que la Chine cultive de faire de Taïwan une autre province du pays.

Histoire de ne pas être en reste, Tokyo a répondu en donnant, la semaine dernière, le coup d'envoi à l'exploitation des champs gaziers des îles Diaoyu. Il se trouve que cet archipel est au coeur d'un important contentieux. Plus exactement, les Chinois réclament que le Japon leur rende l'archipel en question qu'il occupe depuis la fin du XIXe siècle. Au passage, on notera que les réserves de gaz dépassent les... 200 milliards de mètres cubes.

Simultanément, on assiste à une montée en puissance du camp de la défense militaire du Japon. On se souviendra qu'une première commission avait suggéré l'an dernier un amendement de la constitution du pays et une augmentation très importante du budget de la défense. La constitution? Il est souhaité que l'on remplace la règle dite d'autodéfense par celle de défense. Après la publication d'un livre blanc sur le sujet, livre qui propose ces modifications, une commission formée de parlementaires planche sur le sujet.

Lorsque les travaux des membres de la commission furent publiés l'an dernier, un débat s'était engagé qui mettait en lumière la réticence des Japonais à modifier leur constitution. À la faveur des manifestations anti-japonaises, on estime que cette réticence s'est passablement émoussée. Il serait donc moins difficile de convaincre la population. Entre les deux pays, un fossé se creuse à pas de géant.