Le souhait afghan

Ainsi donc, le président afghan Hamid Karzaï souhaiterait que les États-Unis maintiennent une présence militaire permanente dans les environs de Kaboul. Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, est réticent. Après des mois de discussions à ce sujet, Rumsfeld n'est pas certain qu'une fois le combat contre les talibans achevé, il soit nécessaire de laisser des marines sur place. La raison de cette hésitation? L'Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Pakistan.

Sous l'administration Clinton, des ententes avaient été signées avec l'Ouzbékistan et le Kirghizistan pour permettre aux États-Unis de louer d'anciennes bases militaires construites et utilisées par l'armée soviétique. Dans la foulée de l'offensive lancée contre les talibans en novembre 2001, le contingent américain avait été augmenté. Forts de cette présence en Asie centrale, les États-Unis sont en mesure de surveiller ce qu'ils veulent surveiller de la Chine à l'Iran.

Le Pakistan? Le gouvernement de Pervez Musharraf ayant transformé le pays en un allié très proche, la Maison-Blanche veut éviter tout geste qui pourrait le contrarier. Les autorités pakistanaises, il faut le rappeler, cultivent encore et toujours la méfiance à l'endroit des Afghans. Si le rêve d'un Afghanistan sous la coupe du Pakistan a été mis en veilleuse, on tient à ce que ce voisin soit le moins encombrant possible. Tous ces facteurs pris en considération, les patrons du Pentagone souhaiteraient parvenir avec Karzaï à un accord différent de ce que celui-ci désire. Rumsfeld voudrait de la souplesse. Mais encore? Les militaires américains aimeraient avoir la possibilité de survoler le territoire sans aucune restriction et utiliser les bases afghanes selon leurs besoins.

En attendant la suite, une chose est sûre: les 20 000 soldats américains actuellement en Afghanistan ne plieront pas bagage avant plusieurs mois. Un, la lutte contre les talibans n'est pas encore terminée. Deux, Oussama ben Laden court toujours. Trois, la culture du pavot ayant repris de plus belle, elle totalise 80 % du PIB du pays. La place qu'elle occupe dans l'économie est si prépondérante qu'elle menace, dit-on, la stabilité du pays. La sécurisation de l'Afghanistan est loin d'être acquise.