Que veut la CSQ?

Depuis quelques jours, les enseignants du Québec ont accentué leurs moyens de pression en vue du renouvellement de leur convention collective. La principale revendication a trait au soutien aux élèves, un thème sensible aux oreilles des parents et des citoyens en général. Cela étant, il serait non seulement très coûteux mais inutile d'apporter les changements revendiqués dans leur forme actuelle par la CSQ.

Avec l'éclatement des familles et les exigences accrues de la société, l'école accueille et tente d'intégrer de plus en plus d'enfants en difficulté, dont certains appellent une attention très spécialisée. Pendant les années de lutte contre le déficit, le gouvernement du Parti québécois a forcé les commissions scolaires à réduire le nombre de postes de psychologue, d'orthopédagogue et autres professionnels. On comprend donc que les enseignants demandent à Québec de corriger la situation. Mais on aurait tort de prendre au pied de la lettre tout ce qu'on entend depuis quelques jours à ce propos.

D'entrée de jeu, il faut préciser que malgré le retard à négocier une nouvelle convention collective, les enseignants du primaire et du secondaire ont eu droit chaque année depuis trois ans à d'importantes augmentations de salaire qui se sont ajoutées à l'évolution de chacun dans l'échelle salariale. Ces augmentations découlent d'une concession faite par l'ancien ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, lorsqu'il avait accepté de reconnaître que la semaine de 32 heures inscrite à la convention serait désormais payée à hauteur de 40 heures. Résultat net: le salaire de l'enseignant comptant 17 années de scolarité parvenu au dernier échelon a augmenté de 3,6 % chaque année depuis 2002, y compris cette année. En moyenne pour ces trois années, la rémunération de tous les enseignants s'est ainsi accrue de 5,6 %, pour un coût total de 256 millions.

Autre gain important réalisé hors convention grâce à la générosité du gouvernement péquiste, les enseignants ont obtenu l'échelle unique, qui permet désormais à un enseignant ayant une scolarité minimale d'atteindre le même salaire que le titulaire d'une maîtrise après quelques années de pratique de plus que ce dernier. Un gain récurrent de 7000 $ par enseignant concerné!

Même si personne n'en parle sur les piquets de grève, cette entente hors convention est à ce point importante qu'elle explique le fait que la CSQ fasse bande à part ce printemps. C'est à notre tour de passer à la caisse, lui ont fait savoir la CSN et la FTQ!

Dans le dossier de la tâche de l'enseignant, la CSQ demande l'ajout de 1000 professionnels aux 6500 en fonction. En faut-il 300, 500 ou 1000? Chose certaine, tous s'entendent à dire qu'il faut améliorer le soutien aux élèves et aux profs. Mais ça, c'est la revendication du syndicat des professionnels, pas des profs. Ce que veulent les enseignants de leur côté, c'est d'abord une diminution du nombre d'élèves par classe, et ce, du préscolaire à la fin du secondaire. L'objectif: deux élèves de moins, ce qui ferait passer le maximum par classe de 32 à 30 au secondaire, de 27 à 25 en troisième et de 22 à 20 en première, par exemple.

Voilà une des revendications les plus importantes de la présente ronde, si on fait exception des demandes de nouvelles augmentations salariales de 4 % par année et de règlement du dossier de l'équité salariale. Deux élèves de moins par classe, cela exigerait l'ajout de 9000 enseignants à temps complet aux 70 000 en place, pour un coût annuel récurrent de rien de moins que 700 millions pour l'État...

Or, même si la réduction de deux élèves par classe dans toutes les écoles du Québec peut sembler raisonnable à première vue, une telle mesure, qui exigerait l'injection de centaines de millions par année, ne constitue certainement pas le meilleur moyen de soutenir les enseignants aux prises avec des élèves en difficulté. En cette matière, le mur-à-mur serait du pur gaspillage.

Si la CSQ est sérieuse dans sa recherche de solutions, elle abandonnera cette revendication pour concentrer ses énergies sur l'augmentation du nombre de professionnels, le respect du maximum d'élèves par classe, trop souvent dépassé contre compensation financière, et la reconnaissance de la présence de cas plus lourds dans le calcul de la tâche des enseignants. Toutes les classes de toutes les écoles du Québec ne présentent pas le même degré de difficulté; le nier sous prétexte d'équité dans le traitement de tous les enseignants équivaut à saupoudrer les ressources rares au lieu de s'attaquer au problème.
1 commentaire
  • Caroline Proulx-Trottier - Abonnée 15 avril 2005 10 h 34

    Que veut la CSQ ? Des services aux élèves en difficulté !

    MQue veut la CSQ, demandez-vous. Pourtant votre article porte essentiellement sur la FSE Fédération des syndicats de l'enseignement). Vous semblez confondre les deux paliers de négociation. La CSQ négocie les dossiers communs à l'ensemble de ses membres tel : les droits parentaux, les assurances, la retraite, etc.

    La FSE négocie les conditions de travail particulières aux enseignantes et enseignants de commissions scolaires. Elle revendique pour ses membres, de façon urgente, des services pour les élèves en difficulté, une diminution des ratios dans chaque classe et la possibilité de baliser la composition des groupes.

    Pourquoi ces demandes ? Parce que l'intégration des élèves en difficulté est devenue une foire telle que dans plusieurs classes la moitié des élèves sont en difficulté, alors qu'ils sont inscrits dans des classes dites régulières. Si la situation est plus aigüe dans la région montréalaise, ce n'est pas le calme plat en région non plus ! Baliser la composition des groupes consiste à répartir correctement les élèves en difficulté et les types de difficulté. Diminuer les ratios permettrait d'offrir à tous les élèves, y compris ceux qui n'ont pas de difficulté le temps nécesaire pour répondre à leurs besoins respectifs. Quant aux services spécialisés aux élèves, les ressources actuelles sont nettement insuffisantes, ne serait-ce que pour procéder aux demandes d'évaluation des élèves, alors imaginez les services !

    En conclusion, il importe de ne pas tout confondre, ni de nous remettre sur le nez l'entente portant sur la durée du temps de travail du personnel enseignant. Il est vrai que nous arrivons à l'échelle unique, mais il faudrait dire que nous étions la seule catégorie d'emploi de toute la fonction publique qui avait plus d'une échelle salariale pour exactement la même fonction. De grâce M. Sansfaçon lorsque vous émettez vos opinions ayez l'éthique de donner tous les faits et de ne pas induire le public du Devoir en erreur.

    Caroline Proulx-Trottier
    Enseignante au primaire et vice présidente du Syndicat de l'Enseignement de l'Ouest de Montréal.