Deux ans déjà

Les libéraux de Jean Charest célèbrent aujourd'hui le deuxième anniversaire de leur arrivée au pouvoir. L'esprit est loin d'être à la fête. Leur impopularité est telle que même la capacité du premier ministre de mener à terme son mandat fait l'objet de questions. On ne peut imaginer pire contexte pour une équipe qui cherche la lumière au bout du tunnel.

Ce que les Québécois disent au Parti libéral à travers les sondages depuis un an est somme toute assez simple: de mois en mois, ils regrettent de plus en plus de lui avoir fait confiance. En toute bonne foi, ils avaient cru, en avril 2003, que ce parti pourrait être le porteur du renouveau qu'ils souhaitaient, mais rien ne s'est passé comme ils l'espéraient.

Qu'est-il arrivé pour que l'opinion publique change ainsi? Tout d'abord, la constatation chez plusieurs qu'ils s'étaient mépris sur le sens du mot «changement», au coeur du programme libéral. On imaginait le Parti libéral de Jean Charest à l'image de celui de Robert Bourassa, certes plus à droite que le Parti québécois mais gouvernant néanmoins au centre et soucieux de préserver une cohésion sociale. On a trouvé les changements proposés trop à droite et les remises en question des «acquis sociaux» trop directes. Rapidement, une rupture s'est produite entre le gouvernement et ces électeurs qui avaient voté libéral pour mettre en congé les péquistes.

Deuxième facteur: le désenchantement. Même parmi ceux qui ont voté libéral par conviction, c'est avec une certaine consternation qu'on a découvert que loin d'être «prêt», ce gouvernement n'était qu'improvisation. Une équipe ministérielle beaucoup moins aguerrie qu'on l'avait cru a accumulé erreurs et revers. La promesse de réduire les impôts de dix milliards en quatre ans est vite apparue irréaliste. Ont plutôt été au rendez-vous des compressions de budgets et des augmentations de tarifs de toute sorte.

Résultat de ces deux premières années, les libéraux de Jean Charest se retrouvent aujourd'hui sur la défensive comme rarement un gouvernement a pu l'être à Québec. L'état d'inquiétude est tel chez les partisans qu'il lui reste que les questions surgissent ouvertement sur la capacité du premier ministre à redresser la situation. Que le ministre Philippe Couillard soit déjà vu comme son successeur en dit long sur cet état de fait. Parce qu'il est le chef, tous les regards se tournent vers Jean Charest. On lui dit qu'il porte la responsabilité de l'échec du gouvernement mais, du même souffle, on lui demande de sauver la mise. La pression qu'il porte est énorme.

Écartons d'emblée la possibilité d'assister à un coup d'État contre M. Charest. Il est combatif et sait le mieux réagir lorsqu'il a le dos au mur. Néanmoins, le temps lui est compté. Il a à peine 12 mois, 18 tout au plus, pour renverser le cours des choses.

Le principal défi de M. Charest pendant cette période n'est pas tant d'arriver à réaliser des choses. À cet égard, le bilan de ces deux dernières années n'est pas totalement négatif. Par exemple, en santé, les choses ne se sont pas dégradées, ce qui est déjà pas mal, et elles se sont même améliorées un tant soit peu. Le prochain budget contiendra certainement quelques surprises agréables. Non, son défi consiste d'abord à convaincre que son gouvernement cherche à faire avancer le Québec, pas à le faire reculer, ce qui demeure une perception trop répandue.

Si on peut reconnaître que cette perception est en partie injustifiée, il reste qu'elle est bien réelle. Elle tient à une mauvaise communication, ce qui est paradoxal puisque le chef libéral est un excellent communicateur. Il lui manque cependant cette chaleur qui fait que, depuis le début, la relation entre Jean Charest et les Québécois demeure froide. Elle tient aussi à l'absence de projets mobilisateurs qui sauraient rallier les Québécois et créer un contexte plus consensuel. Malheureusement, ce n'est pas dans cette direction qu'on semble vouloir aller puisque le mot d'ordre au sein du gouvernement est: «gardons le cap».

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