Brumes libanaises

Le premier ministre libanais Omar Karamé jette l'éponge. Pour la deuxième fois en un mois et demi, il vient de remettre sa démission au président prosyrien Émile Lahoud avec le sentiment du devoir... accompli! En déployant tous les efforts possibles et imaginables pour consommer du temps, Karamé a atteint son objectif, en réalité fixé par la Syrie: rendre impossible la tenue d'élections, qui doivent avoir lieu, selon la mécanique établie dans la Constitution, fin mai prochain. On estime en effet que les chances d'un scrutin d'ici six semaines sont pratiquement nulles.

Si on comprend bien le mode d'emploi électoral, au demeurant complexe, qui prévaut au pays du Cèdre, le gouvernement devrait donner le coup d'envoi à la campagne d'ici 15 jours. Mais voilà: à la suite du retrait de Karamé, le Liban est confronté au vide politique, à moins que la classe politique ne réalise un prodige, soit nommer un premier ministre intérimaire avant que celui-ci ne forme un cabinet. Les prosyriens détenant la majorité au Parlement, il serait très étonnant que les citoyens soient invités aux urnes au terme de mai.

Rétrospectivement, on constate qu'après l'assassinat de l'ex-premier ministre Rafic Hariri, les Syriens se sont employés à adopter profil bas devant le duo franco-américain pour mieux canaliser leurs énergies, derrière les rideaux, afin d'orienter le jeu politique à leur guise. En clair, ils ont convenu de replier leurs troupes à l'intérieur de leurs frontières, comme l'exigeait la résolution onusienne parrainée par Paris et Washington, tout en imposant la lenteur, si on peut dire, aux négociations des partis libanais, entamées pour mettre sur pied une coalition gouvernementale.

En gagnant du temps, en prolongeant la crise, le président syrien Bachir al-Assad est assuré d'être le maître politique du pays pendant encore plusieurs mois. Son pari? L'opposition est si hétérogène qu'elle implosera d'ici la fin de l'année. Après quoi, il serait plus aisé de maintenir une emprise plus discrète que celle observée depuis une vingtaine d'années.

Évidemment, l'opposition n'entend pas se cantonner dans un rôle de figuration. Ainsi, elle menace de ne pas respecter l'interdit de manifestation décrété par Karamé. Dans les jours qui viennent, elle espère forcer les autorités à respecter la Constitution et donc gagner le déclenchement d'élections.

Pour l'heure, la hantise d'une guerre civile est, dit-on, dans tous les esprits. Dans la foulée des quatre attentats récemment commis, l'activité économique est paralysée. Mais ces attentats ont surtout eu pour conséquence d'aiguiser le sentiment d'insécurité. De sorte que les chrétiens maronites ont mis sur pied des comités de vigilance. Les druzes également. Si cette logique se poursuit, on assistera au réarmement des milices. L'horizon libanais est brumeux.

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