L’appellation patrimoniale ne doit pas être un repoussoir

Trouvez l’erreur. Le ministère de la Culture classe des maisons patrimoniales. Investies nouvellement de ce même pouvoir dont elles tardent à user, les municipalités régionales de comté (MRC) sont à faire l’inventaire des bâtiments construits avant 1940 sur leur territoire afin de mieux les protéger et les mettre en valeur. Et que font les assureurs pendant ce virage ? Ils se désengagent tranquillement, mais sûrement, de ce marché, refroidissant au passage les propriétaires présents et futurs en plus de mettre à risque le patrimoine collectif québécois.

Il n’est pas question ici de patrimoine négligé, voire laissé à l’abandon, mais bien, pour la majorité, de maisons habitées et bichonnées par des propriétaires conscients de leur singularité. Malgré cela, plus de la moitié des propriétaires de maisons anciennes consultés par l’association Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec (APMAQ) éprouvent des difficultés à être assurés convenablement, nous apprenait Le Devoir cette semaine. Certains essuient des refus en série, d’autres se heurtent à des primes artificiellement gonflées pour des couvertures partielles bourrées d’exclusions.

Le phénomène allant croissant, plusieurs MRC et municipalités ont saisi Québec du problème en décembre dernier. Le ministre de la Culture, Mathieu Lacombe, a prêté une oreille attentive à leurs doléances. Au passage, il a même donné un coup de griffe au Bureau d’assurance du Canada (BAC), jugeant que les discussions pourraient aller à meilleur train sur le front du patrimoine immobilier. Mais le ministre peut faire plus encore.

Plusieurs spécialistes estiment qu’une part de la solution pourrait se trouver dans des assurances publiques acquises en appoint aux assurances privées, comme c’est déjà chose courante dans le monde agricole. Rappelons que le gouvernement caquiste a également su se faire inventif quand il a fallu trouver des solutions pour assurer l’avenir habitable de certaines zones inondables. Il pourrait imaginer des mécanismes semblables pour veiller à l’avenir des maisons patrimoniales.

Il est anormal que les assureurs, par leurs pratiques, amenuisent ou même contredisent ce que Québec et les municipalités choisissent de mettre en valeur. Ces maisons anciennes ne sont-elles pas les témoins individuels privilégiés d’un passé qu’on souhaite mieux conjuguer au présent collectif ? Pour cela, il est impératif que l’appellation patrimoniale cesse d’être perçue comme un repoussoir.

À voir en vidéo