C’est l’heure de s’occuper de la sécurité des piétons

C’est un tournant dans les efforts visant à améliorer la sécurité des piétons et la cohabitation des usagers sur les routes. Une première manifestation nationale demandant la sécurisation des abords des écoles s’est déroulée mardi à Montréal et ailleurs au Québec. Nous sommes encore loin des foules monstres qui forcent les décideurs publics à l’action immédiate, mais c’est un début, nécessaire pour espérer un changement des mentalités et des comportements.

Cette manifestation lancée par des parents et citoyens concernés découle de la mort de la jeune Mariia Legenkovska, 7 ans, tuée en décembre dernier par une voiture alors qu’elle se rendait à son école du quartier Centre-Sud de Montréal. Elle coïncide avec la publication de nouvelles statistiques, peu encourageantes, par le Service de police de la Ville de Montréal.

Les années de cocooning de la pandémie sont derrière nous, et le bilan des piétons blessés dans les rues de la métropole reprend sa tendance haussière. Dans les neuf premiers mois de 2022, 39 piétons ont été blessés gravement dans des accidents de la route, une hausse de 56 % par rapport à la même période l’an dernier. Et 505 piétons ont subi des blessures légères, en hausse de 11,5 %. Dit autrement, les rues de Montréal font deux blessés tous les jours parmi les piétons.

Le problème dépasse les frontières de Montréal. Dans tout le Québec, 36 piétons ont été tués sur le réseau routier en 2022, alors que la moyenne sur cinq ans est de 25,8 décès. Tous types d’accidents mortels confondus, l’imprudence et la vitesse sont les principaux facteurs contributifs, selon les données colligées sur le territoire de la Sûreté du Québec.

Outre la vitesse et l’imprudence, d’autres facteurs expliquent cette piètre performance. Le vieillissement de la population accentue la présence de piétons fragiles et vulnérables dans des rues où règnent l’empressement et l’impatience. L’appétit des automobilistes pour les véhicules utilitaires sport a pour effet d’entraîner la multiplication des voitures ayant de grands angles morts, ce qui représente un risque accru pour les piétons dans les virages. Les aménagements (saillies de trottoir, passages piétonniers, temps alloué pour traverser, etc.) ne sont pas toujours pensés pour les piétons, à plus forte raison dans les banlieues et à la campagne. À cet égard, le ministère des Transports fait figure d’irréformable cancre : les routes et les ouvrages dont il a la responsabilité sont encore pensés par des ingénieurs d’un autre siècle, pour qui la palette des interventions commence et s’arrête à la fluidité de la circulation automobile.

Dans l’agglomération métropolitaine, un phénomène insidieux est en progression constante depuis plusieurs années. Le parc automobile croît plus vite que la population, tandis que le réseau routier, lui, ne prend pas d’expansion. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, fait partie des rares élus qui dénoncent cette incongruité et qui établissent un lien de causalité entre la progression du parc automobile et la détérioration de la sécurité des piétons.

Revenir en arrière n’est pas une option. La ville de demain doit appartenir aux citoyens, et non aux automobilistes, qui se comportent encore trop souvent comme s’ils avaient un droit de préséance sur l’usage du réseau routier par rapport aux piétons et aux cyclistes.

La tiédeur de la surveillance policière, comme en a témoigné notre reportage de mardi sur l’augmentation de l’insécurité routière à Québec, n’est pas de nature à encourager une prise de conscience par les automobilistes. Les campagnes de prévention sont certes utiles, mais leurs effets sont limités. Tant que l’auto sera aussi attrayante, tant que la part modale des transports collectifs continuera de stagner, ces problèmes de cohabitation qui touchent en premier lieu les cyclistes et les piétons iront en augmentant.

Il n’y a pas de solutions magiques et immédiates à ces défis de sécurité publique, mais il faut bien commencer quelque part. La tenue d’un forum national où on s’enquerrait des meilleures pratiques en usage ici comme ailleurs dans le monde et où on coordonnerait les stratégies de sécurisation entre les villes et le gouvernement du Québec pourrait s’avérer utile. Il y a suffisamment de voyants jaunes ou rouges sur le tableau de bord national pour qu’on s’attaque à cette tâche.


Une version précédente de ce texte, qui indiquait que la manifestation de mardi a été organisée par Piétons Québec, a été corrigée.

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