L’eau qui ne coûte rien (ou presque)

Au printemps dernier, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, avait présenté le projet de loi 42 visant la révision des redevances sur l’eau. Mort au feuilleton, ce projet de loi minimaliste sera remplacé par un texte beaucoup plus ambitieux dès l’ouverture de la prochaine session parlementaire.

Les redevances versées par les sociétés qui puisent l’eau du fleuve, des rivières ou des lacs québécois, si ce n’est tout simplement l’eau potable traitée par les municipalités, sont « ridicules », a affirmé fort justement Benoit Charette dans une entrevue avec Le Devoir. « C’est un non-sens. »

Lors de son passage à la COP15 à Montréal, François Legault avait annoncé la création du Fonds bleu, doté d’au plus 150 millions par an et financé en grande partie par de nouvelles redevances sur l’eau. Le nouveau projet de loi ne se limitera pas aux redevances : il visera plus généralement « la protection de l’eau », avait indiqué le premier ministre dans un communiqué. Il notait que le Québec n’avait reçu en 2021 que 3 millions de dollars en redevances pour des prélèvements d’eau de 811 milliards de litres. Une misère.

En mai dernier, la Cour du Québec avait donné raison aux embouteilleurs d’eau comme Amaro, Pepsi, Coca-Cola et Naya en confirmant une décision de la Commission d’accès à l’information. L’organisme avait jugé que les données sur les volumes que puisent ces entreprises au Québec, données qui sont connues du ministère, sont de nature confidentielle et relèvent du secret commercial. Le ministre a indiqué que le projet de loi permettrait de contourner cette opacité afin de rendre publique cette information essentielle. Non seulement les multinationales de l’eau embouteillée sont visées, mais aussi la consommation d’eau des industries.

L’eau n’est pas inépuisable, avait fait valoir le Centre québécois du droit de l’environnement et l’organisme Eau Secours devant le tribunal, un fait que met en évidence le réchauffement du climat. L’an dernier, certaines municipalités, notamment en Montérégie et en Estrie, furent affectées par des pénuries d’eau. Ce n’est qu’un début. Dans un rapport sur les répercussions régionales des changements climatiques, le consortium Ouranos prévoit des épisodes de fortes baisses des niveaux d’eau à la fois plus sévères et plus longs, phénomène qui risque d’affecter la disponibilité de l’eau potable et sa qualité.

Avec son Fonds bleu, le gouvernement caquiste entend lutter contre les espèces aquatiques envahissantes, nettoyer les berges des rivières, renforcer la végétation dans les bandes riveraines et mettre aux normes les fosses septiques. Il faudrait aussi qu’il s’assure que les eaux usées de toutes les municipalités soient traitées avant d’être déversées dans le fleuve et les rivières. Et c’est sans parler de la pollution causée par l’agriculture intensive.

En matière de protection de l’eau, les Québécois partent de loin et font souvent preuve d’une déconcertante désinvolture. L’état de nombre de nos lacs est préoccupant et plusieurs de nos rivières sont mal en point.

Il faut tenir à l’eau comme à la prunelle de nos yeux. Posséder 3 % des réserves d’eau douce de la planète, c’est un grand privilège dont nous ne sommes pas suffisamment conscients. C’est aussi, à la face du monde, une immense responsabilité qui nous échoit.

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