Les ultrariches doivent payer leur juste part

Dix ans qu’Oxfam s’astreint à dénuder les chiffres de l’inégalité dans leur criante crudité. Jamais encore les tentacules de la pauvreté, en progression pour la première fois en 25 ans sur la planète, n’avaient-ils paru aussi longs que dans le dernier rapport de l’organisme. Tout cela tandis que les gains des ultrariches et des multinationales prospèrent au grand galop, nourrissant une polarité qu’il est difficile de voir autrement que comme un échec politique cuisant.

Les chiffres sont indécents. Depuis 2020, les deux tiers de la nouvelle richesse mondiale produite ont atterri dans les poches profondes, pour ne pas dire abyssales, du 1 % le plus riche. Un gâteau gargantuesque par comparaison aux miettes que nous nous sommes partagées, nous, les 99 % les plus pauvres de la population mondiale, que les turbulences inflationnistes bousculent sans ménagement. Même les grandes fortunes sont mal à l’aise. L’an dernier, plus de 100 millionnaires avaient d’ailleurs signé une lettre appelant à une hausse de leurs impôts.

Certes, nos sociétés répugnent à priver de leurs gains les plus audacieux. Depuis les années 1980, les mesures fiscales s’appliquant aux ultrariches et aux entreprises ont fondu comme neige au soleil, ce qui a alimenté une injustice fiscale devenue intolérable. C’est l’humoriste et comédienne Virginie Fortin qui résume le mieux l’absurdité de cette distorsion. Vient un point, dans la vie, où toute accumulation, quelle qu’elle soit, devient maladive, remarque-t-elle dans un de ses piquants monologues. Toute ? Non, cette règle, comme toute règle, a une exception, bien sûr : l’argent.

Mais le veut-on vraiment et, surtout, le veut-on encore ? Sachant que plus les inégalités se creusent, plus les clivages sociaux sont exacerbés, sachant aussi que les trois quarts des gouvernements prévoient réduire leurs dépenses au cours des cinq prochaines années (gare aux coupes dans les services publics !), on voit moins aujourd’hui l’idée de taxer les ultrariches proposée par Oxfam comme une hérésie. C’est plutôt un outil de paix et de cohésion sociale, deux choses dont la planète n’a pas les moyens de faire l’économie.

Là encore, les chiffres parlent haut et fort. Un impôt taxant jusqu’à 5 % de la fortune des multimillionnaires et des milliardaires pourrait rapporter 1700 milliards de dollars par an, calcule Oxfam. De quoi sortir deux milliards de personnes de la pauvreté et faire taire la faim. Rejeter l’idée d’un impôt de solidarité sur la fortune ne serait-il pas, à ce compte, refuser de porter secours à autrui ? Ici, deux milliards de personnes, et pour une bagatelle. C’est un pensez-y-bien.

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