Du vent et des intentions

Les promoteurs privés se bousculent au portillon en vue de produire de l’énergie renouvelable pour Hydro-Québec. À la suite de l’appel d’offres lancé en décembre dernier, la société d’État a reçu pas moins de 18 propositions totalisant près de 3000 MW, soit trois fois et demie les volumes d’énergie demandés de 300 MW en éolien et 480 MW en projets d’énergie renouvelable de tout ordre.

On n’a encore rien vu. En décembre dernier, le gouvernement caquiste a annoncé le déploiement d’une nouvelle stratégie éolienne afin de doubler la puissance installée de cette énergie qui nous vient du vent.

Reformulant des appels d’offres qu’Hydro-Québec devait lancer à la fin de l’année dernière, le superministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, a demandé à la société d’État d’accélérer le pas avec un appel au marché de 4000 MW, afin d’obtenir d’ici 2030 une puissance équivalente à tous les parcs éoliens exploités à l’heure actuelle sur l’ensemble du territoire québécois. Hydro-Québec fournira aux promoteurs une carte leur indiquant des endroits se situant près de lignes de transport électrique. Les zones privilégiées seront celles à proximité d’une ligne disponible, et le raccordement devra se faire rapidement avec un minimum de « rehaussement », pour reprendre le jargon ministériel.

Fait à noter, ce n’est pas Hydro-Québec Distribution qui prendra en charge les contrats éoliens comme par le passé, une aventure coûteuse pour les consommateurs québécois qui ont financé, en achetant de l’électricité dont il n’avait pas besoin à l’époque, une forme de développement régional motivé par des considérations politiques. C’est le bras Production de la société d’État qui sera le contractant. Et un des avantages de procéder ainsi pour le gouvernement Legault, c’est que la Régie de l’énergie n’a pas à mettre son nez dans ces transactions, les activités d’Hydro-Québec Production n’étant pas soumises à l’examen de l’organisme de surveillance du monopole public.

Le gouvernement Legault a émasculé la Régie de l’énergie en lui retirant la responsabilité de fixer les tarifs d’électricité en fonction des coûts. Les tarifs sont maintenant majorés du taux d’inflation, et l’examen se fait maintenant tous les cinq ans. En raison de la flambée inflationniste, la stratégie a déraillé, et le ministre Fitzgibbon a dû présenter un projet de loi pour plafonner l’augmentation des tarifs résidentiels à 3 %. Il profite de ce projet de loi, qui sera étudié au début de la prochaine session, pour se donner le droit de déterminer quel nouveau projet économique d’envergure pourra voir le jour : c’est le ministre qui décidera si Hydro-Québec fournira ou non du courant aux entreprises.

La filière éolienne prendra donc de l’ampleur plus rapidement que prévu, et avec son évocation régulière de nouveaux barrages, le gouvernement Legault, on peut le constater, se préoccupe des nouveaux apports d’énergie. Sa volonté d’accélérer les initiatives en matière d’économie d’énergie et d’efficacité énergétique ne semble toutefois pas aussi forte.

Lors de sa rencontre avec François Legault lundi, le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a demandé que se tienne une commission parlementaire pour se pencher sur le dernier plan stratégique d’Hydro-Québec. De son côté, l’opposition libérale propose de tenir une consultation nationale sur l’avenir énergétique du Québec sous la forme d’une commission itinérante. Quelle que soit la formule retenue, une vaste réflexion s’impose sur Hydro-Québec et la transition énergétique, un exercice qui ne peut dépendre des vues d’un seul homme et auquel la population, en tant que partie prenante, doit impérativement être associée.

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