Carton rouge au CF Montréal

Sitôt embauché, sitôt congédié. Sous le tollé engendré par l’embauche insensée de Sandro Grande comme entraîneur-chef de l’équipe de réserve du CF Montréal, le club de soccer est revenu à la raison, Dieu merci. Il a posé le seul et unique geste que la dignité lui imposait : revenir sur sa décision et mettre fin à son entente avec le joueur controversé.

La réaction a été rapide, et les excuses exprimées par Gabriel Gervais, président et chef de la direction du CF Montréal, ont été sincères et complètes. « Nous avons manqué de jugement, de sensibilité et d’empathie, et nous n’avons pas été capables d’anticiper la réaction de notre communauté », a-t-il dit, ses regrets exprimés en français ayant été adressés d’abord à l’ex-première ministre Pauline Marois. M. Gervais assume l’entière responsabilité de la décision, qu’il a qualifiée d’« unanime » au sein du comité chargé de la nomination.

Ni la volonté de « donner une deuxième chance » à Sandro Grande ni les compétences techniques ou professionnelles de M. Grande ne pouvaient justifier de passer par-dessus la gravité des propos tenus et des gestes posés par l’ex-joueur de l’Impact il y a une dizaine d’années.

C’est lui qui, en 2009, avait empoigné au cou son coéquipier de l’Impact Mauro Biello en plein match, l’image rageuse ayant recirculé abondamment depuis lundi soir. C’est lui qui, en septembre 2012, au lendemain de l’élection de la première ministre du Québec, Pauline Marois, et de l’attentat au Métropolis dirigé contre elle, avait diffusé sur les réseaux sociaux un message à haute teneur haineuse et incitant à la violence. « La seule erreur que le tireur a commise la nuit dernière, c’est de rater sa cible ! Marois ! La prochaine fois, mon gars ! J’espère ! »

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, n’a pas manqué de rappeler que Sandro Grande est associé à « des propos orduriers et criminels » tenus à plusieurs reprises contre les Québécois indépendantistes.

L’erreur était si grossière qu’elle a d’ailleurs rallié toute la classe politique, unie dans la dénonciation du caractère immonde de cette embauche. Le communiqué diffusé en soirée lundi par le CF pour faire cette annonce évoquait des excuses pour « graves erreurs » et « manque de respect ». Rien pour transformer en conte des mille et une nuits l’entrée en piste de cet homme au passé violent et qu’on destinait, ô ironie suprême, à diriger la relève !

Ce faux pas viendra élimer la confiance déjà ébranlée des partisans et des partenaires du CF Montréal, abonné aux controverses, mais que le nouveau président, Gabriel Gervais, arrivé en sauveur après le règne destructeur de son prédécesseur, tentait (avec succès !) de reconstruire. Le changement d’identité du club n’a pas été une pilule facile à avaler pour les aficionados, qui regrettent encore le temps chéri de l’Impact. Le club n’a pas non plus aidé sa cause en additionnant les affronts avec ses partisans, leur dictant une ligne de conduite à adopter comme fans de l’équipe. Le départ il y a un mois de l’entraîneur Wilfried Nancy, associé à une bonne dernière saison et à la capacité de faire progresser l’équipe, a donné l’impression que le CF Montréal avait du mal à retenir ses meilleurs atouts.

Gabriel Gervais assure que cet épisode constitue une grande leçon, ce qu’on peut croire sans grand mal. Resteront un arrière-goût, malheureusement, et une légère méfiance : en matière de gouvernance, le discernement est un ingrédient indispensable.

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