Pannes majeures à l’horizon

Vingt-cinq ans après le début de la crise du verglas, presque jour pour jour, quelque 27 000 résidences en Montérégie n’avaient plus de courant en raison du verglas, simple rappel de cet événement où 1,4 million de foyers ont été privés d’électricité pendant plusieurs jours, certains pendant plus d’une semaine.

Bien que les conséquences soient bien différentes qu’en 1998 — le réseau de transport d’électricité ayant bien résisté aux vents violents —, 670 000 clients d’Hydro-Québec ont été privés de courant à un moment ou à un autre au cours de la tempête qui s’est abattue sur plusieurs régions du Québec les 23 et 24 décembre dernier. Au plus fort de la tempête, plus de 380 000 foyers étaient frappés par des pannes de courant et attendaient d’être rebranchés.

Pour certains, l’attente a été longue : le programme d’urgence pour rétablir le service s’est étendu jusqu’au 31 décembre. Dans le Bas-Saint-Laurent, le dernier client a été rebranché après 13 jours.

Dans son rapport publié au début du mois de décembre, la vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc, avait jeté un regard sévère sur le service de distribution d’électricité d’Hydro-Québec. Elle avait noté que la durée moyenne des pannes avait augmenté de 63 % entre 2012 et 2021, et ce, en excluant les événements météorologiques majeurs, comme celui de la fin de l’année dernière. Son plan de réduction des pannes de 2020 — les pannes usuelles, pourrait-on dire, et non pas celles qui sont attribuables à des phénomènes météorologiques exceptionnels —, auquel la société d’État a prévu consacrer 800 millions, n’a pas répondu aux attentes : seulement le quart des ordres de travail ont été accomplis, note la VG. Ce n’est plus 800 millions, mais bien 1,4 milliard qu’Hydro-Québec prévoit maintenant dépenser à ce chapitre. La société d’État n’est pas outillée adéquatement pour faire face au vieillissement de ses équipements, ajoute la VG, et une part importante de la maintenance préventive n’est pas faite.

Ce portrait critique ne comprend même pas des éléments importants de l’entretien du réseau de distribution d’Hydro-Québec, soit le remplacement des vieux poteaux et ce que la société d’État appelle « la maîtrise de la végétation », c’est-à-dire essentiellement l’élagage des arbres autour des lignes électriques.

Hydro-Québec entend accroître ses dépenses réservées à la maîtrise de la végétation, une activité qu’elle avait négligée dans le passé. Ainsi, elle y a consacré 100 millions en 2021 et portera cette somme à 124 millions en 2024, soit deux fois plus qu’en 2018. Encore faut-il que ses fournisseurs privés qui se chargent de cette tâche disposent de la main-d’oeuvre pour remplir ces commandes accrues.

Il n’en demeure pas moins que l’intensité de la tempête de la fin décembre était hors norme : elle aurait entraîné des dégâts majeurs même si l’entretien préventif avait été exemplaire. Or se voir privé d’électricité pendant toute une semaine en plein hiver n’est pas acceptable, d’autant plus que ces phénomènes extrêmes risquent de se reproduire plus souvent.

À la décharge d’Hydro-Québec, comme la tempête s’est déchaînée sur une bonne partie de l’Amérique du Nord, des travailleurs des distributeurs d’électricité des provinces et États limitrophes n’ont pu venir prêter main-forte à ses monteurs de ligne comme c’est l’usage.

Avant cette tempête, un derecho avec des vents allant jusqu’à 150 km a frappé le Québec en mai dernier, ce qui avait entraîné des pannes de courant dans 550 000 foyers. Selon Hydro-Québec, il s’agissait de l’événement qui a nécessité le plus de travaux sur le terrain et qui a été le plus coûteux depuis la crise du verglas, avec un débours de 70 millions. Comme le bilan de la tempête de décembre n’est pas encore établi, on ne sait si son impact financier est de la même ampleur.

Quoi qu’il en soit, ces deux dérèglements climatiques qui surviennent la même année nous donnent un aperçu de ce qui nous attend. S’il est vrai que le réseau de transport d’Hydro-Québec, c’est-à-dire ses lignes à haute tension, a été renforcé à la suite de la crise du verglas, son réseau de distribution n’a pas été conçu pour résister aux phénomènes météorologiques extrêmes qui nous pendent au bout du nez.

Dans son plan d’adaptation aux changements climatiques dévoilé cet automne, le premier du genre, Hydro-Québec, qui en est aux balbutiements en la matière, fait montre d’une volonté certaine. D’emblée, elle indique que la charge de travail et les coûts augmenteront de façon importante tant pour réparer les dégâts causés par les dérèglements météorologiques que pour adapter ses réseaux. C’est à se demander si Hydro-Québec, qui a verséprès de 4 milliards en 2022 dans les coffres de l’État québécois, pourra demeurer cette vache à lait que l’on tient pour acquise.

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