Le rattrapage du gouvernement Legault

À juste titre, le gouvernement Legault a prêté flanc à la critique avec ses remises de 500 $, puis ses chèques de 400 $ aux contribuables qui gagnent jusqu’à 100 000 $. D’aucuns se sont élevés contre cette mesure qu’ils jugeaient racoleuse et électoraliste au printemps dernier et au moment du lancement de la campagne électorale. Pourquoi accorder ces sommes à des Québécois qui n’en ont pas vraiment besoin au lieu de favoriser avant tout les moins bien nantis qui, eux, sont durement éprouvés par la forte inflation frappant au premier chef le panier d’épicerie ?

À cela, le ministre des Finances, Eric Girard, avait répondu que dans sa mise à jour économique de novembre 2021, il avait prévu une prestation exceptionnelle de 700 millions pour 3,3 millions de personnes à faible et moyen revenu. C’était tout de même pas mal moins que les 3 milliards qui étaient distribués allègrement à tous ceux qui gagnent 100 000 $ ou moins, qu’ils soient en haut ou tout en bas de cette échelle.

À la faveur de la dernière mise à jour économique et financière, dévoilée jeudi, le gouvernement Legault se rattrape en quelque sorte avec le crédit d’impôt remboursable destiné aux personnes âgées de 70 ans ou plus. On comprendra facilement que les personnes de cet âge dépendent, pour la plupart, de revenus fixes que la flambée de l’inflation a mis à mal. Elles sont parmi les Québécois qui sont les plus affectées par la hausse du coût de la vie.

Ce crédit d’impôt d’un maximum de 2000 $ est dégressif, pour s’assurer que les personnes âgées encaissent à peu près le même montant jusqu’à un revenu familial de 60 000 si elles vivent en couple. Pour les personnes seules, le crédit d’impôt passe du niveau actuel de 411 $ à 2000 $ pour un revenu annuel de 20 000 $. Un couple de 70 ans ou plus avec un revenu de 39 350 $ ou moins aura droit au maximum de 4000 $. Le crédit d’impôt diminuera jusqu’à disparaître pour un couple avec un revenu de 120 000 $.

Près de 400 000 personnes de plus auront accès à cette aide fiscale, pour un total de 1,1 million de personnes. C’est une mesure qui coûte 1,5 milliard dès cette année et un total de 8 milliards en cinq ans. Elle aura son importance. Et contrairement aux chèques ponctuels, il s’agit d’un débours récurrent.

La hausse de l’inflation a encore une fois dopé les revenus autonomes de l’État, soit 14 milliards pour les cinq ans du cadre financier. Le gouvernement en retourne 13 milliards à la population, a-t-on appris jeudi.

Avec sa mise à jour, le ministre Girard a mis la table pour un ralentissement marqué de l’économie en 2023, voire une récession (de faible ampleur, tout de même). Pour la première fois, le ministère des Finances présente deux scénarios, à l’instar du gouvernement fédéral.

Comme c’est l’habitude du ministre, le déficit — à 4,78 milliards après l’utilisation de la réserve de stabilisation — est plus faible que prévu. Le ratio de la dette nette par rapport au PIB continuera de diminuer si l’on se fie au scénario de référence. Le scénario alternatif de récession prévoit une hausse de ce ratio en 2023-2024, mais une réduction par la suite.

Ni le ralentissement prévu ni la récession envisagée n’auront un effet sérieux sur le taux de chômage. À l’heure actuelle, le nombre de postes vacants dépasse celui des chômeurs. Avant de mettre à pied des travailleurs, les entreprises devraient d’abord supprimer les postes qu’ils cherchent à pourvoir. Le manque de main-d’oeuvre servira de tampon.

Rappelons que la Coalition avenir Québec a promis de réduire les deux premiers paliers d’imposition de 1 % lors du prochain budget. Sans vouloir confirmer formellement que son prochain budget ira de l’avant avec cet allègement fiscal — mais une promesse, c’est une promesse, n’est-ce pas ? — , Eric Girard y voit une bonne façon de stimuler l’économie, au ralenti l’an prochain. Tout comme un rehaussement des investissements dans les infrastructures publiques, investissements qui sont déjà à des niveaux records.

Pour ceux qui craignent que le gouvernement Legault en soit réduit à faire des compressions des dépenses des grandes missions de l’État pour payer cette baisse d’impôt, Eric Girard affirme qu’il n’en est pas question. Il rappelle qu’elle sera financée par une diminution des versements au Fonds des générations. Les objectifs de ce fonds (et de la loi qui l’encadre) sont de toute façon à revoir, dans la mesure où ils sont atteints ou sont en voie de l’être.

Même si les perspectives s’assombrissent et que des incertitudes planent, le portrait de la situation des finances publiques du Québec et de sa situation économique a quelque chose de rassurant. Il semble que ce soit là la signature d’Eric Girard.

Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Jusqu’à preuve du contraire.

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