L’éducation sous pression

La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, a confirmé ce que de nombreux parents soupçonnaient déjà. L’enseignement à distance en temps de pandémie a causé un tort immense aux élèves ayant des difficultés d’apprentissage, et le ministère de l’Éducation a failli à la tâche lors de la mise en oeuvre de cette mesure d’urgence.

Le résultat laisse présager l’éclosion d’une épidémie silencieuse, soit l’accumulation de retards dans les apprentissages et l’émergence d’une génération sacrifiée qui sera ballottée sur les voies sans issue de l’échec et du décrochage avec toutes les avanies concernant l’estime de soi et la croissance personnelle que nous pouvons prédire.

Dans ses observations complémentaires au rapport de la vérificatrice générale, la commissaire au développement durable, Janique Lambert, insiste sur les retombées à long terme de la réussite éducative pour les élèves et la société. La réussite n’est pas seulement garante d’un diplôme ou d’un emploi, mais aussi d’un épanouissement personnel et d’un niveau et d’une qualité de vie supérieurs.

Nous produisons donc, dans l’engourdissement, les laissés-pour-compte de demain.

Avant le confinement de mars 2020, près d’un quart de tous les élèves québécois avaient déjà reçu un diagnostic de handicap, de difficulté d’adaptation ou de trouble d’apprentissage. C’est énorme, et les ressources ne suivaient déjà pas les besoins des familles et des élèves pressés par les limites du cadre scolaire.

Au terme de l’urgence sanitaire, le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) ne dispose pas d’études lui permettant d’avoir une vision globale de l’ampleur des défis, constate la vérificatrice générale. Comment imaginer qu’il pourra mettre en oeuvre les mesures de rattrapage qui seront nécessaires ?

Le MEQ n’a pourtant pas lésiné sur les mesures spéciales et les dépenses durant la pandémie, une situation exceptionnelle s’il en est. Le Québec peut se targuer de faire partie des nations qui ont le moins fermé les écoles. Toutefois, de nombreuses décisions ont été prises sans données concrètes, comme la mise en place d’un programme de tutorat de 88 millions de dollars ou des investissements de 42 millions de dollars dans des appareils de vidéoconférence peu utilisés.

Le rapport de la vérificatrice générale brosse le portrait d’un ministère et de centres de services scolaires à la dérive, qui ont un rendez-vous urgent avec l’usage de données probantes et leur diffusion pour asseoir la prise de décision. Il y va de la réussite future du Québec, à l’échelle individuelle et collective.

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