Se contenter du minimum

Y a-t-il un lien entre les taux d’absentéisme importants dans les écoles et le fait que la qualité de l’air n’y est pas « idéale » ? Le gros bon sens laisse penser que oui, alors que les virus respiratoires terrassent les enfants, les éloignant des classes dans des proportions inégalées à ce temps-ci de l’année, et que les dernières données dévoilées par le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, proposent un portrait imparfait de la qualité de l’air dans les écoles.

C’était devenu un dossier embarrassant pour l’ex-ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, et le fait que le ministre Drainville en ait fait son enjeu prioritaire n’est pas anodin. Cela envoie un signal fort et rassurant, que la population peut espérer voir comme un gage de réel changement, dans les limites du possible. Dans un point de presse vendredi, M. Drainville a dévoilé le plus récent portrait du niveau de CO2 détecté dans les classes du Québec. Le bilan s’améliore, avec seulement 1 % des 68 500 classes du Québec affichant des concentrations de CO2 supérieures à la norme de 1500 parties par million (ppm), la norme jugée « adéquate » par Québec.

Il est vrai que des efforts importants ont été consentis par le ministère de l’Éducation pour tenter d’améliorer un sombre bilan, remis au débat en début de pandémie à la faveur de mesures de santé publique prônant une qualité de l’air intérieur irréprochable afin d’éviter la transmission d’un virus respiratoire aussi contagieux que celui qui cause la COVID-19. En raison d’un parc immobilier vétuste et difficile à rénover, le ministère de l’Éducation s’est rapidement trouvé sur la sellette, avec des taux de CO2 supérieurs aux moyennes espérées.

Mais quelle est cette moyenne idéale ? Usant d’une transparence que nous ne pouvons que saluer, le ministre de l’Éducation a convenu vendredi qu’il y avait un écart de 500 ppm entre un taux « adéquat » — 1500 ppm, la norme utilisée par Québec — et un taux « idéal » — 1000 ppm, ce seuil en deçà duquel les experts peuvent garantir moins de problèmes de concentration, de maux de tête, de somnolence, de vulnérabilité face aux virus respiratoires et d’absentéisme.

Visant dans le mille, un journaliste a demandé : « Rappelez-nous, monsieur Drainville, pourquoi si c’est 1000 ppm l’idéal on utilise 1500 ? » Parce que la Santé publique affirme que c’est la norme adéquate, a répondu M. Drainville, ne cachant pas son espoir qu’un jour toutes les écoles du Québec puissent afficher la norme parfaite, plutôt que de se contenter d’un minimum.

C’est devenu une habitude détestable, on doit le dire. Comment ne pas faire le lien avec un autre des dossiers « chauds » de santé publique de la dernière année, celui de la Fonderie Horne ? L’entreprise, qui rejette un maximum de 100 nanogrammes (ng) d’arsenic par mètre cube (m3) d’air par année s’est vu recommander un maximum de 15 ng/m3 à atteindre d’ici… 5 ans, alors que la norme idéale pour éviter des problèmes de santé importants pour les enfants, les bébés et les femmes enceintes, est de 3 ng/m3. Là encore, la Santé publique a voté pour stopper le baromètre de la qualité à la mesure adéquate, ne prétendant même plus courir pour l’idéal. C’est navrant, car il y va de la santé des gens.

Et l’impact sur la santé des écoliers n’est pas théorique, loin de là, comme en fait foi l’engorgement des hôpitaux pédiatriques, jouxtant un état de crise que les autorités compétentes affirment ne pas avoir vu, même au plus fort de la pandémie, avec cette jeune clientèle. La semaine dernière, les données du ministère de l’Éducation révélaient que près de 13 % des élèves du préscolaire, primaire et secondaire étaient absents de leurs classes. La circulation importante d’influenza A, du virus respiratoire syncytial et de la COVID-19 explique en large partie ce phénomène préoccupant, surtout à l’approche du temps des Fêtes, généralement associé à des bains de famille favorables aux échanges de virus.

La suite des choses commandera d’abord une surdose de transparence. Si la norme idéale est de 1000 ppm de CO2 dans les classes, alors au cours du mois d’octobre, entre 15 et 22 % des quelque 70 000 classes analysées dépassaient ce taux. Les chiffres disent que la situation s’est améliorée en comparaison avec le mois de janvier dernier, où cette moyenne oscillait autour de 38 %, signe que les efforts du ministère — installation d’échangeurs d’air, changements de fenêtres — ont porté leurs fruits.

Mais ça n’est pas gagné d’avance, considérant que les mesures ont été prises en octobre, un mois exceptionnellement chaud avec des pics à plus de 20 °C pendant la moitié du mois. Cela suppose que les fenêtres des classes ont été largement ouvertes, et donc, ce portrait réjouissant n’est peut-être pas un indicateur de ce à quoi ressembleront les prises de données au plus fort de l’hiver. Faisons-nous du surplace dans ce dossier capital, qui cible la santé des enfants ? Si la situation demeure aussi critique, il faudra peut-être recourir à nouveau au port du masque en classe, à défaut de pouvoir rénover les écoles en un tournemain.

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