Le transport collectif se heurte à un mur

En marge de la présentation du budget de l’administration Plante-Ollivier, la Société de transport de Montréal (STM) a aussi dévoilé cette semaine ses prévisions pour 2023. Elles n’annoncent rien qui vaille pour les années à venir. Le déficit ne cessera de se creuser sans une réforme urgente du financement.

Le déficit sera de 78 millions de dollars en 2023, comparativement à 43 millions l’an dernier. De nombreux facteurs expliquent ce manque à gagner, à commencer par l’indexation des salaires dans un contexte d’inflation élevée, la diminution de la fréquentation due à l’organisation du travail en mode hybride au terme de la pandémie ainsi que des dépenses jugées incontournables, comme l’entretien des trains AZUR.

Personne n’aurait pu prévoir les effets délétères de la pandémie sur les finances de la STM. Encore aujourd’hui, plus de deux ans et demi après la première vague de COVID-19, l’achalandage est de 69 % par rapport aux niveaux prépandémiques en semaine et de 79 % le week-end. Étant donné la transformation radicale de notre rapport au travail et de notre mode d’occupation du territoire, le plein achalandage ne reviendra pas de sitôt. En 2023, la STM prévoit retrouver, au mieux, entre 75 % et 80 % de l’achalandage antérieur à la pandémie.

La pression financière force la STM à envisager toutes sortes d’initiatives, parmi lesquelles figure la réduction du service. L’hypothèse, non confirmée, d’une réduction de 3,7 % des services pour l’autobus et de 4,8 % pour le métro a circulé dans les médias. Ce serait un bien mauvais signal à envoyer, alors que la progression de la part modale du transport collectif est un impératif pour réduire la congestion et pour réduire l’empreinte carbone de la voiture dans le bilan environnemental. S’il n’y a pas d’espoir au-delà de la « classe sardine » et de la diminution de la fréquence de passage, ne pensons pas que le transport collectif sera perçu comme une solution de rechange valable à l’automobile par nos concitoyens.

La STM et ses partenaires affrontent les vents adverses dans une grande solitude. Dans son budget, l’administration Plante-Ollivier a annoncé un soutien de 30 millions de dollars à la STM. Une bonne partie de la somme vise à compenser l’instauration de la gratuité des transports en commun pour les 65 ans et plus dès juillet prochain. Cette mesure, qui fait partie des promesses de Projet Montréal, coûtera environ 40 millions par année. Dans le contexte, nous pouvons douter de la pertinence de cette initiative qui ne fait absolument rien pour améliorer les finances de la STM. Si les 65 ans et plus ne prennent pas déjà le métro, ils ne monteront jamais à bord. L’administration Plante-Ollivier devrait plutôt explorer les initiatives pour encourager les générations futures à adopter les transports collectifs dans leur routine de déplacement.

Le président de la STM, Éric Alan Caldwell, a indiqué qu’il préférait trouver des solutions avec ses partenaires financiers plutôt que de réduire le service. C’est une avenue à envisager, et vite. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, prône la diversification des sources de revenus. L’augmentation de la taxe sur l’immatriculation pour financer le transport collectif de même que l’introduction d’une taxe kilométrique peuvent être considérées. La Communauté métropolitaine de Montréal y songe depuis un moment, mais elle aura besoin de l’appui de Québec pour y parvenir.

Le gouvernement Legault n’aime pas les nouvelles taxes, on le sait. Il n’a pas intérêt à laisser le transport en commun en situation de précarité dans une métropole comme Montréal. La pérennité du financement des transports collectifs sera garante de nos capacités collectives d’aménager des milieux de vie sains et d’atténuer un bilan carbone qui ne cesse de s’alourdir.

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