La contre-performance

Dans son discours d’ouverture, François Legault a réitéré son grand intérêt pour la construction de nouveaux barrages hydroélectriques. Une décision doit être prise au cours du présent mandat, a-t-il dit, et le premier ministre veut en faire « un vrai débat de société ».

En vue d’atteindre la carboneutralité en 2050, le Québec aura besoin de 100 térawattheures (TWh) de plus, soit l’équivalent de la moitié de la capacité de production actuelle d’Hydro-Québec. En septembre dernier, le gouvernement caquiste a confirmé son intention de lancer de nouveaux appels d’offres pour 3000 MW d’énergie éolienne. Cela correspond à moins de 10 % des besoins prévus en raison du caractère intermittent de la filière. Le premier ministre a parlé de bioénergie : cet apport est somme toute marginal. Pour mettre les choses en perspective, rappelons que les besoins énergétiques prévus par Hydro-Québec d’ici 2050 représentent l’équivalent de 12 complexes de la Romaine.

L’Ontario se tourne vers le nucléaire, notamment avec la technologie émergente des petits réacteurs modulaires, tout en conservant ses grandes centrales nucléaires. François Legault a affirmé que plusieurs États ont choisi cette filière parce qu’ils n’avaient pas le choix. Le Québec, lui, aurait le choix. Dans la version écrite de son discours, le premier ministre affirme que le Québec dispose « encore de vastes ressources hydrauliques ». En septembre, il a demandé à Hydro-Québec de lui fournir une liste de rivières à aménager. Il faut croire qu’il a en main une évaluation révisée du potentiel hydroélectrique qu’il reste à exploiter. Économiquement, s’entend, ce qui est loin d’être une évidence.

En 2041 prend fin le contrat d’approvisionnement de la mégacentrale de Churchill Falls à Terre-Neuve, qui nous fournit, à coût extrêmement faible, quelque 25 TWh d’énergie. « Ça va se négocier maintenant », a dit le premier ministre. « Je ne voudrais pas être dans une position de faiblesse pour négocier. » D’où l’importance, notamment, qu’il accorde aux nouveaux projets de barrage. Le hic, c’est que les coûts pour construire ces nouvelles centrales risquent d’être très élevés. Ce n’est pas pour rien qu’Hydro-Québec n’a pas développé ces projets à ce jour. De nouvelles sources d’énergie onéreuses ne peuvent que pousser à la hausse les tarifs d’électricité que paient les Québécois.

Dans son discours, le premier ministre a tout de même mentionné, en premier lieu, l’efficacité et la sobriété énergétiques comme moyen pour répondre aux besoins. Or, on ne peut pas dire qu’Hydro-Québec connaît d’énormes succès avec ses programmes d’efficacité énergétique.

Comme l’a rapporté Le Devoir au début de novembre, la filiale d’Hydro-Québec Hilo, qui propose aux clients résidentiels des systèmes de gestion de la pointe hivernale, est loin d’avoir rempli ses promesses, ce qui a forcé la haute direction de la société d’État d’en prendre le contrôle.

François Legault aime bien vanter le Québec parce qu’il affiche les plus faibles émissions de gaz à effet de serre (GES) par habitant en Amérique du Nord. D’abord, l’État de New York — qui l’eût cru ? — fait aussi bien grâce au nucléaire. Et puis, son point de comparaison ne devrait pas être des pays producteurs de pétrole comme les États-Unis et le Canada, mais plutôt la Suède, un pays nordique de 10 millions d’habitants, qui émet deux fois moins de GES par habitant que le Québec. C’est ça, le vrai portrait : une contre-performance à laquelle il faut remédier.

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