À la limite du possible

L’administration Plante-Ollivier a indiqué mardi lors de la présentation du budget qu’elle avait réussi à protéger le portefeuille des Montréalais en limitant la hausse moyenne des taxes résidentielles à 4,1 % en 2023, ce qui est inférieur à l’inflation. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit de la plus importante hausse depuis 2011.

À sa décharge, l’administration Plante-Ollivier n’est pas la seule responsable de la situation. La hausse moyenne des taxes résidentielles pour la ville centre est de 3,4 %, un fardeau somme toute contenu dans les circonstances, auquel il faut ajouter une hausse de 0,7 % des taxes foncières dans les arrondissements. La hausse des taxes foncières résidentielles avait été limitée à 2,1 % en 2022, bien en dessous de l’inflation. En 2023, la Ville est en phase avec le taux d’inflation de 4 % anticipé par le Conference Board.

La hausse des taxes résidentielles ne connaît pas d’écarts significatifs entre les arrondissements. Ville-Marie est le plus épargné, à 1,7 %, tandis que L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève est le plus touché, à 6 %. On ne peut en dire autant dans le secteur non résidentiel. Il est vrai que la hausse de taxes est limitée à 2,9 % en moyenne, mais avec des variations importantes. Les commerçants de Lachine (15,2 %), Saint-Laurent (11,2 %), Anjou (8,6 %), LaSalle (8,4 %) et Saint-Léonard (8,2 %) trouveront la facture plus salée. Cela n’est guère de nature à rapprocher l’administration Plante-Ollivier des arrondissements à la périphérie des quartiers centraux.

Le budget municipal atteint désormais 6,76 milliards de dollars, soit 300 millions de plus que l’an dernier. Une partie importante de l’augmentation est associée aux dépenses en sécurité urbaine et au service de la dette. Le budget du Service de police de la Ville de Montréal, insatiable avaleur des fonds publics, est désormais de 787 millions de dollars, en hausse de près de 9 % par rapport à l’an dernier. Une bonne partie de l’augmentation (45 millions sur les 63 millions) provient d’une contribution de Québec pour augmenter la présence policière dans les rues de Montréal.

Les inquiétudes entourant les fusillades ont beau monopoliser l’attention, il faudra bien oser, un de ces jours, un regard franc et lucide sur l’augmentation constante du poids de la police dans les finances de la Ville, d’autant plus que Montréal demeure l’une des métropoles les plus sécuritaires en Amérique du Nord.

À première vue, le budget peut donc sembler vert et responsable, comme l’affirme la mairesse. N’empêche que depuis l’élection de Mme Plante, en 2017, le budget de la Ville de Montréal a grimpé de 30 %, ce qui dépasse largement l’inflation. Le poids de la dette est désormais de 115 % des revenus annuels de la Ville, bien au-delà du seuil réglementaire de 100 % fixé en 2019. Dans ce contexte, nous pouvons souligner les efforts annoncés par la mairesse afin d’améliorer la performance et l’efficacité de la machine administrative, et espérer qu’ils arriveront à des résultats.

Le pacte fiscal conclu entre Québec et les municipalités a allégé la dépendance des villes à l’égard des impôts fonciers, mais ceux-ci comptent encore pour deux tiers des revenus de la Ville de Montréal, dans un contexte où elle doit assumer des responsabilités accrues, entre autres pour la transition énergétique, l’habitation, le transport collectif, qui subit encore le choc financier de la transformation des habitudes de travail au terme de la pandémie.

Bien qu’il faille toujours se soucier de la rigueur et de la prudence budgétaire dans la bureaucratie montréalaise, il ne faut pas perdre de vue l’importance future de la diversification des revenus et de l’autonomie municipale, alors que le pacte fiscal arrivera à échéance en 2024.

À voir en vidéo