Inévitable iniquité

Quand on arrive à la table des négociations les mains vides, sans rapport de force, on dépend entièrement de la magnanimité de ses interlocuteurs, ou de son absence. En politique, où priment les intérêts partisans, l’abnégation n’est pas le trait dominant. Au terme des négociations touchant les droits de parole au Salon bleu et les budgets alloués à chacun des trois partis d’opposition, les élus du Parti québécois (PQ) ont pu s’en rendre compte.

C’est une situation inédite. Les trois partis d’opposition présents à l’Assemblée nationale ont récolté aux dernières élections générales à peu près le même pourcentage de vote. Des trois, c’est le Parti libéral du Québec (PLQ) qui a recueilli le moins de voix, mais il forme l’opposition officielle avec 19 élus. Québec solidaire (QS) a un peu moins de votes qu’en 2018, mais un député de plus, soit 11 députés. Le PQ devance très légèrement le PLQ, mais il a dû se contenter d’un trio d’élus.

Réclamant un budget de 800 000 $, le PQ a dû se contenter de 570 000 $. Adieu la prime pour le leader parlementaire péquiste, Pascal Bérubé, une fonction rayée d’un trait de plume. Le PLQ empochera plus de 5 millions et QS, tout près de 2,7 millions, soit un million de plus qu’en 2018. On peut s’attendre à ce qu’une partie de cette somme soit consacrée à l’amélioration des conditions de travail de son personnel politique, qui s’est syndiqué en 2019.

De ces négociations, tant le PLQ et QS sont ressortis satisfaits. Objectivement, les deux partis, tout comme la Coalition avenir Québec, n’ont aucun intérêt à aider le PQ à relever la tête.

Avec 7 questions par cycle de 10 jours, le PQ n’est guère avantagé, alors que le PLQ pourra en poser 60. Les péquistes devront trouver d’autres moyens de faire passer leur message, comme les solidaires, d’ailleurs, à une autre époque.

Et il y a le Parti conservateur du Québec dont le chef, Éric Duhaime, supplie qu’on le laisse entrer au parlement pour y faire des points de presse. Il devra se trouver un élu quelque part.

Est-ce juste ? Est-ce équitable ? Évidemment pas. Mais c’est ce que notre mode de scrutin a produit. On ne peut malheureusement pas remédier à ses lacunes avec des aménagements négociés à la pièce derrière des portes closes entre des élus motivés par leur intérêt partisan. Et cette iniquité rend la réforme du mode de scrutin jadis promise d’autant plus nécessaire.

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