Dagher, à l’unisson

L’administration Plante a planté un jalon historique en nommant Fady Dagher à la tête du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Aux critiques qui lui reprochent sa mollesse et sa complaisance en matière de lutte contre la criminalité, la mairesse Valérie Plante a trouvé la réponse idéale en ce policier capable de réfléchir à la fois en termes de prévention et de répression, en conformité avec les attentes citoyennes.

Né en Côte d’Ivoire de parents d’origine libanaise, Fady Dagher, 54 ans, est le premier chef du SPVM issu de la diversité. Ce n’est pas trop tôt, compte tenu du profil sociodémographique de la métropole et des défis importants que posent la cohabitation et la confiance entre les policiers et les citoyens issus des communautés culturelles et de la marginalité sociale.

Pour une fois, la nomination du chef du SPVM ne s’accompagne pas d’une controverse ou de perceptions d’influences politiques. Là aussi, l’administration Plante a été irréprochable, en consultant la population sur ses préoccupations et en mettant sur pied un comité de sélection mixte auquel siégeaient de hauts fonctionnaires respectés ainsi que des élus de Projet Montréal, de l’opposition officielle et de la banlieue.

Pour un poste aussi convoité que complexe, les éloges entendus jeudi sont les plus proches d’un consensus que nous pouvons espérer. Communicateur hors pair et policier atypique, Fady Dagher a passé 25 ans au SPVM avant d’accepter la direction du Service de police de l’agglomération de Longueuil. Il est un fervent disciple de la prévention, de l’approche communautaire, de la lutte contre le profilage racial et de la transformation du rôle de la police dans une société moderne, sans qu’on puisse le taxer pour autant d’angélisme. Il sera aussi intraitable que n’importe quel policier en matière de lutte contre la grande criminalité.

Dans L’État du Québec 2019, il avait pondu un texte au titre explicite (« Corps policiers : passer de la culture du “combattant du crime” à celle de la “police de concertation” »). Il demandait un changement de culture au sein des corps policiers pour les sortir du « carcan purement sécuritaire, et pour les ouvrir aux phénomènes de société, aux problèmes et aux besoins des citoyens ».

Ses visées progressistes raviveront les tensions éternelles entre les enquêtes et la gendarmerie au sein du SPVM, entre les tenants de la répression et ceux de la prévention. Il est porteur d’un projet voulant redonner aux Montréalais une organisation policière respectueuse de leur diversité qui tombe à point nommé, alors que la confiance à l’égard du SPVM est fragile. Une organisation qui cessera de voir la couleur de la peau ou la condition sociale comme un motif d’interpellation. Une organisation apte à comprendre que la criminalité usuelle, qui se situe au croisement de la pauvreté et de la détresse mentale, nécessite une approche différente.

En soi, il touche à l’identité classique du policier, et ce sera l’un de ses principaux défis. Il devra amener ses troupes à évoluer sans qu’elles se sentent menacées dans l’image qu’elles ont de leur métier et de leur utilité.

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