Envers et contre tous

Le projet de transbordement de conteneurs de Ray-Mont Logistiques bouleversera de façon magistrale le quotidien des résidents vivant dans ses environs, en raison notamment de niveaux de bruit extrêmes. Qu’à cela ne tienne ! Ce projet va de l’avant, envers et contre tous, et a échappé jusqu’à maintenant à toute analyse rigoureuse visant les effets sur l’environnement et la santé publique.

On peine encore à comprendre comment ce projet, approuvé par Québec début novembre, pourra se soustraire à l’examen minutieux du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), alors que Québec aurait pu décider d’en demander un. Tous les voyants rouges sont allumés autour de ce projet vivement contesté de toutes parts, mais c’est la valse des autorisations et l’absence des évaluations. Sis dans l’est de Montréal, dans le secteur Assomption Sud–Longue Pointe, à quelques jets de pierres d’un quartier résidentiel, ce projet aura des répercussions néfastes évidentes sur l’environnement et la santé des citoyens : pollution de l’air et climat sonore assourdissant, intensification des îlots de chaleur dans un secteur souffrant déjà d’un déficit d’aires de verdissement, intensification du transport actif dans les environs.

Le ministère de l’Environnement a donné son feu vert au transit de quelque 1000 conteneurs par jour sur le site, en plus de l’entreposage de 5000 conteneurs. L’entreprise pourra être en activité toute la semaine entre 7 h et 19 h. Les experts prédisent que le niveau de bruit provoqué par le transbordement d’immenses conteneurs métalliques entraînera des niveaux sonores démesurément élevés, et ce, alors que certaines zones résidentielles sont situées à 100 m à peine du site.

Pas de BAPE, donc, mais pas d’évaluation d’impact sur la santé (EIS) des citoyens non plus, comme Le Devoir le révélait cette semaine. La Direction régionale de santé publique de Montréal ne pourra procéder à ce précieux examen, pourtant réclamé à grands cris cet automne par des médecins, des experts en santé publique et des environnementalistes, car le projet est « trop avancé ». L’EIS doit être réalisée en amont d’un projet, et non au moment où la réalisation est avancée. C’est navrant.

Alors que l’urgence climatique appelle à des projets alliant le développement industriel aux préoccupations environnementales et à l’acceptabilité sociale, on peine à comprendre comment les ambitions industrielles de Ray-Mont Logistiques ont pu totalement l’emporter sur la santé des citoyens et l’environnement. Contre le gré des pouvoirs locaux et des députés fédéral et provincial responsables de cette zone de l’est de Montréal, déjà exposée plus que le reste de la population de l’île à des risques pour la santé et à un manque d’espaces verts, voilà qu’on plante une verrue industrielle dans un terrain vague, sans égards aux conséquences que subiront les citoyens.

Ce projet détestable est devenu l’incarnation parfaite de la catastrophe annoncée : puisqu’il n’a pas passé le processus habituel d’un examen d’impact rigoureux, on évaluera les conséquences au fil des mois et des années, en temps réel, sur le terrain. Du côté des gagnants, l’industrie lèvera le poing. Dans le coin des perdants, on verra les résidents et l’environnement additionner les dégâts.

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