Un malaise nommé Qatar

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, n’a pas réussi à dissiper les doutes sur la pertinence de tenir la Coupe du monde de soccer au Qatar, un pays reconnu pour son piètre bilan en matière de respect des droits de la personne, en particulier ceux des femmes, des minorités sexuelles et des migrants. Ces derniers sont réduits à une situation de quasi-esclavage pour la construction des stades à ciel ouvert, climatisés, en plein désert.

À la veille de l’ouverture de la Coupe du monde, Infantino s’est lancé dans une pénible envolée d’une heure dans laquelle il a tenté, tant bien que mal, de défendre le pays hôte. Personnage influent mais tellement pathétique, Gianni Infantino a critiqué les pays occidentaux pour leur bilan en matière de respects des droits de la personne. « Donner des leçons de morale, toujours dans le même sens, c’est simplement de l’hypocrisie », a-t-il dit, dans un exercice de comparaison bancal.

Il ne faut pas chercher à comprendre le sens profond de l’intention de cet homme, né en Suisse de parents italiens, qui a dit par ailleurs se sentir qatari, arabe, africain, gai, handicapé et même travailleur immigré. Et pourquoi pas !

C’est l’arrogance du pouvoir et de l’argent qui s’exprimait librement, sans filtre. Le soccer, seul véritable sport professionnel pratiqué et reconnu mondialement, est une gigantesque machine à fric qui se moque des principes de responsabilité sociale. Ce n’était pas assez que le processus d’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar soit teinté par des scandales de corruption. Il fallait en plus que la construction des infrastructures soit marquée par des conditions de travail inhumaines pour des migrants captifs. Le Qatar a fait des progrès modestes sur la question, entre autres en augmentant le salaire minimum et en abolissant le système de parrainage qui empêchait les travailleurs de quitter le pays. Aux yeux des organisations non gouvernementales qui ont enquêté sur la situation, c’est insuffisant. Ces fragiles avancées ne justifiaient certainement pas la condamnation arbitraire des 3000 ans de civilisation occidentale faite par Infantino.

Certains pays participants ont l’intention d’évoquer la question des droits de la personne durant le tournoi, notamment en portant des brassards inclusifs sur leurs uniformes. Les fédérations anglaise et allemande se disent prêtes à payer des amendes pour défier les règles de neutralité de la FIFA. Les États-Unis ont modifié le logo sur leurs uniformes pour y incorporer les couleurs de l’arc-en-ciel, en soutien à la communauté LGBTQ+. Jusqu’à présent, Soccer Canada n’a pas levé le petit doigt sur ces questions fondamentales de respect des droits de la personne. Son absence d’indignation lui vaut de sévères critiques de la secrétaire générale d’Amnistie internationale au Canada, Ketty Nivyabandi.

Le député du Bloc québécois Alexis Brunelle-Duceppe suggère au gouvernement Trudeau de ne pas envoyer de délégation à Doha à titre symbolique. Le cabinet de la ministre des Sports, Pascale St-Onge, n’a pas osé se positionner sur cette suggestion intéressante. C’est d’autant plus surprenant que la ministre St-Onge a fait preuve, depuis le début de son mandat, de courage et de détermination pour placer l’éthique et la gouvernance au coeur du sport amateur et professionnel.

Le Canada et son équipe nationale ne peuvent pas rester sur les lignes de côté. Ils doivent trouver une façon créative d’affirmer leur soutien aux droits de la personne au Qatar. Autrement, ils enverront un message d’incohérence et de faiblesse que relèveront les régimes autocratiques. C’est l’occasion de rappeler que les sociétés démocratiques sont sérieuses lorsque vient le temps de défendre leurs principes et leurs valeurs.

À voir en vidéo