Verre à moitié plein…

Un enseignement optimiste des élections de mi-mandat est que Donald Trump est porteur d’un virus par lequel une éloquente proportion d’Américains ne veut pas être infectée. Facile de l’oublier, vu la malédiction que fait peser la nébuleuse trumpiste sur la démocratie américaine. Dans l’immédiat, les scrutins législatifs de mardi auront en tout cas mis à mal un certain nombre de présupposés, à commencer par l’idée que se dessinait un ralliement massif, à l’avantage des républicains, autour du thème de l’inflation et qu’en conséquence, la défense de la démocratie et du droit à l’avortement n’allait pas suffire à mobiliser la base démocrate. Les référendums tenus en marge des élections en Californie, au Michigan et au Vermont sont à ce titre notables : une majorité d’électeurs dans ces trois États ont choisi d’amender leur Constitution pour y inscrire le droit à l’avortement.

Avec le résultat que les républicains, dont certains prédisaient un « bain de sang » démocrate au Congrès, s’acheminaient bien vers une reconquête de la Chambre des représentants, mais par quelques sièges seulement, tandis qu’au Sénat, à nouveau divisé par le milieu, rien n’était encore réglé mercredi, vu les luttes serrées au Nevada et en Arizona, et la tenue en Géorgie, comme en 2020, d’un second tour le mois prochain. Une performance, donc, aux allures de défaite pour M. Trump et ses républicains, dans la mesure où les élections de mi-mandat sont généralement l’occasion de punir plus nettement le parti au pouvoir. On voulait croire que l’impopularité de Joe Biden et son déficit de vitalité allaient tirer les démocrates vers le bas : ces élections disent que ce ne fut pas le cas.

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La norme démocratique que défend Joe Biden est, comme lui, fragile. Et si la démocratie américaine est aujourd’hui malade, c’est que, depuis longtemps, elle déçoit beaucoup. Car, au-delà de l’insécurité culturelle des Blancs, abondamment instrumentalisée par la droite, la détérioration de la vie démocratique et la montée de la réaction autoritariste aux États-Unis ont aussi à voir avec l’érosion du niveau de vie des Américains de revenus modeste et moyen depuis 50 ans. Un problème dont les démocrates, perdant de vue l’intérêt commun, sont largement responsables.

À tout seigneur, tout honneur. M. Biden, dont les sondages renvoient l’image d’un président peu fiable sur les questions économiques, a pourtant réussi depuis deux ans, malgré sa mince majorité au Congrès, à poser les jalons d’importantes politiques réformatrices : plan de relance postpandémique de 1900 milliards $US, loi sur les infrastructures (1200 milliards $US), loi sur la production de semi-conducteurs (200 milliards sur cinq ans), loi sur la « réduction de l’inflation », avec soutien inédit au développement des technologies vertes… sans oublier cette percée bipartisane réalisée en juin en rapport avec le contrôle des armes à feu. Des politiques qui, toutes proportions gardées, sont autant d’exploits législatifs, vu le contexte de partisanerie extrême qu’est celui du Congrès. Ces avancées ont en partie guidé le choix des électeurs et favorisé les candidats démocrates.

Le verre est à moitié vide, forcément. Le Parti républicain est loin d’avoir été toujours bien servi par des candidats appuyés par Trump. Là où il aurait été parfois plus rentable pour le parti de présenter des candidats plus conventionnels, Trump a imposé des candidats de piètre qualité, appuyés par l’ex-président au seul motif qu’ils entérinaient la thèse de l’« élection volée » en 2020. L’atteste notamment, de façon exemplaire, l’écrasante défaite d’un dangereux extrémiste de droite comme Doug Mastriano, directement impliqué dans l’insurrection du 6 janvier, au poste de gouverneur de la Pennsylvanie.

Pour autant, Trump sort-il affaibli de l’exercice ? Oui et non. À défaut de pouvoir se targuer d’une « vague rouge » au Congrès, il reste que des 291 candidats « négateurs » qu’il a adoubés, plus de 150 ont été élus, selon le Washington Post. Autant de petits Mastriano, dont certains ont été élus secrétaires d’État (et donc responsables des élections), comme en Ohio et au Nevada. Autant de complices du « grand mensonge » qui formeront par ailleurs un bloc important à la Chambre, susceptible, d’une part, de menotter législativement M. Biden pour les deux prochaines années et, d’autre part, de peser sur la certification du résultat présidentiel de 2024.

On répète : Trump sort-il affaibli de l’exercice ? Oui, pour une raison qui s’appelle Ron DeSantis, gouverneur réélu mardi soir avec 20 points d’avance en Floride. Trumpiste avant l’heure, mais trumpiste policé, héros de l’opposition aux restrictions anti-COVID, DeSantis devient, de par son incontestable élection, le grand rival potentiel de l’ex-président à l’investiture républicaine. Trump a déjà commencé à le railler, inquiet pour son trône.

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