Manque de crédibilité

Débarquant à la COP27, qui se déroule à Charm el-Cheikh, en Égypte, le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, a joué la carte de la vertu en se montrant déterminé à faire avancer la cause des « pertes et dommages », cette revendication des pays en voie de développement qui réclament un mécanisme de dédommagement pour les dégâts résultant des changements climatiques.

Le sujet épineux des indemnisations payées par les pays les plus riches, principaux responsables du réchauffement climatique, a été ajouté à la dernière minute à l’ordre du jour de la conférence avec l’appui du Canada.

Il s’agira du troisième pilier du financement mondial en matière de climat, les deux autres étant déjà en place, du moins en partie, soit les mécanismes d’adaptation, y compris les mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), et les mécanismes d’atténuation des effets du réchauffement climatique. Ces « pertes et dommages » n’ont pas fini d’augmenter à mesure que s’accroissent les impacts des changements climatiques. Les désastres — inondations, sécheresses, ouragans, incendies — se multiplient, tout comme leurs conséquences financières, qui se chiffrent déjà à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an au bas mot. À titre d’exemples, les inondations records qui ont touché le tiers du Pakistan cette année ont entraîné des pertes évaluées à plus de 30 milliards et la sécheresse menace de famine la Corne de l’Afrique. L’Alliance des petits États insulaires réclame des dédommagements pour ses membres menacés par la montée des eaux, qui peuvent perdre jusqu’à 2 % de leur produit intérieur brut en une seule journée en raison d’un événement climatique, selon le premier ministre d’Antigua-et-Barbuda, Gaston Browne.

« Le monde est devenu une terre de souffrance », a déclaré non sans emphase le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, l’hôte de la COP27, à l’ouverture du sommet. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, n’y est pas allé de main morte : « L’humanité a un choix : coopérer ou périr. C’est soit un pacte de solidarité climatique, soit un pacte de suicide collectif. »

Les engagements actuels des quelque 200 États qui ont signé l’Accord de Paris en 2015 ne permettent pas d’atteindre l’objectif de limiter à 1,5 °C, ou tout au plus à 2 °C, le réchauffement de la planète par rapport à l’ère préindustrielle d’ici la fin du siècle. Avec les dernières « contributions nationales », on se dirige plutôt vers une hausse de 2,4 °C, et même de 2,8 °C, si on s’en tient aux pratiques présentes. Une catastrophe annoncée.

Selon un rapport commandé par la COP et publié mardi, les pays du Sud auront besoin de plus de 2000 milliards par an d’ici 2030 pour financer leurs actions climatiques, ce qui comprend les mesures d’adaptation et de réduction des émissions, les mesures d’atténuation des effets et le coût des dommages liés aux désastres.

De son côté, le Canada s’est associé à l’Allemagne pour présenter une mise à jour du financement des mesures d’adaptation. Les pays développés se sont engagés à verser 100 milliards par an à partir de 2020 pour financer ces mesures. Cette aide n’atteint jusqu’à maintenant que 83 milliards par an, un chiffre gonflé, soutiennent toutefois les pays touchés.

Même si le gouvernement Trudeau aime se draper de vertu en matière de lutte contre les changements climatiques, le Canada, pays pétrolier qui subventionne toujours son industrie des hydrocarbures, n’est pas à la hauteur de ses prétentions. Selon un rapport publié mardi par l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa, le Canada est « dans une position complexe ». Il met en oeuvre des « politiques ambitieuses », notamment une taxe sur le carbone (et la bourse du carbone pour le Québec), mais ses émissions de GES n’ont pas diminué de façon importante, contrairement à celles des autres pays du G7, fait-on observer.

Or, comme nous l’apprend Le Devoir, le gouvernement Trudeau, le ministre Guilbeault en tête, n’a pas trouvé mieux que d’inviter l’industrie des sables bitumineux à la COP27. C’est ainsi qu’il a convié six entreprises pétrolières au pavillon du Canada pour qu’elles vantent les efforts qu’elles déploient pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050 tout en exploitant l’un des pétroles les plus polluants de la planète. Ce n’est malheureusement pas une blague.

Ce que le Canada dit à la face du monde, c’est qu’il continuera à vendre du pétrole des sables bitumineux au-delà de 2050, un pétrole produit pour être consommé, et qui contribue ainsi aux émissions mondiales de GES. Après cela, on se demande pourquoi le Canada, en matière de lutte contre les changements climatiques, manque cruellement de crédibilité sur la scène internationale.

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