Renouveau raté

Assaillie de salves fratricides, Dominique Anglade n’a eu d’autre choix que de remettre sa démission à titre de cheffe du Parti libéral du Québec. Pour elle et pour son parti, elle aurait souhaité assumer son rôle de cheffe de l’opposition officielle à l’ouverture de la nouvelle législature à l’Assemblée nationale, fin novembre. Après la défaite, la cheffe devait se soumettre à un vote de confiance lors du prochain congrès libéral, dans l’année qui suit les élections. Mais rares étaient ceux qui croyaient qu’elle pourrait se rendre jusque-là.

L’expulsion de la députée Marie-Claude Nichols du caucus aura été une erreur fatale, montrant la rigidité dont a pu faire preuve à l’occasion Dominique Anglade. Après ce scrutin catastrophique, la cheffe devait avant tout soigner ses relations avec chacun des membres de son caucus décimé. La députée de Vaudreuil voulait la vice-présidence de l’Assemblée nationale, qui échoit à l’opposition officielle. Dominique Anglade a imposé son choix, l’effacé député de Viau, Frantz Benjamin. Jean Charest, lui, n’avait pas hésité à donner la vice-présidence de l’Assemblée nationale à Fatima Houda-Pepin, pour se débarrasser de l’encombrante élue et de son exaspérant franc-parler. Cette fonction à la vice-présidence, tout comme à la présidence, impose un devoir de réserve qui lénifie les forts en gueule et autres potentiels fauteurs de troubles.

Si Dominique Anglade a commis des maladresses — on n’a qu’à se rappeler l’humiliant traitement qu’elle avait réservé au fidèle Pierre Arcand pour son voyage à la Barbade pendant la pandémie, des vacances pourtant autorisées par elle —, elle n’est pas à l’origine des déboires du PLQ et elle n’a pas démérité. Si on lui reproche de ne pas avoir réussi à remettre le parti sur ses rails, c’est qu’il était déjà fort mal en point. Aux dernières élections, avec 14 % des suffrages — et moins de votes que Québec solidaire et le Parti québécois —, le PLQ a connu le pire résultat de son histoire. Mais n’oublions pas que les libéraux de Philippe Couillard avaient eux aussi connu le pire résultat de l’histoire de l’illustre formation politique. Certes, sous Dominique Anglade, la situation s’est détériorée, particulièrement chez les électeurs francophones, qui ne seraient que 7 % à appuyer le PLQ, selon les sondages. Mais la glissade s’était amorcée en 2018, quand seulement 14 % des francophones avaient voté libéral, a-t-on fait observer.

La course à la chefferie qui a porté en mai 2020 Dominique Anglade à la tête du parti n’augurait rien de bon. Les candidats ne se sont pas bousculés au portillon, c’est le moins qu’on puisse dire. Des bonzes du parti avaient déniché un candidat « représentant les régions » pour affronter la Montréalaise, le maire de Drummondville, Alexandre Cusson, qui s’était distingué par la vacuité de son propos. Qu’un seul autre candidat accepte de se manifester en disait long sur l’état des troupes libérales. La course, suspendue le 20 mars 2020 en raison de l’état d’urgence sanitaire, s’est terminée par l’abandon du candidat et le couronnement de Dominique Anglade. Chose certaine, cette course avortée n’aura pas permis à l’électorat de mieux la connaître.

En conférence de presse, lundi, Dominique Anglade a parlé des « nombreux défis » que devait relever le PLQ et du « grand devoir de reconnexion avec les francophones et toutes les régions [que doit remplir la formation] tout en restant fidèle à [ses] valeurs ». Exprimé de cette façon, c’est comme dire qu’il existe une forme d’incompatibilité entre les valeurs libérales et celles des Québécois francophones.

Nous ne sommes pas loin de Philippe Couillard quand il jouait la carte des valeurs d’ouverture, valeurs qu’il opposait au repli dans lequel les Québécois, du moins un grand nombre d’entre eux, se seraient réfugiés, jouets de leur insécurité culturelle, ce reliquat du passé. Ce jugement qu’il portait sur le peuple québécois a sûrement nui à la fortune électorale de son parti.

Dominique Anglade a dit lundi que le PLQ « doit opérer un renouvellement de son offre politique ». Pourtant, c’est justement ce à quoi elle s’était attelée. Manifestement, la cheffe estime qu’elle n’a pas rempli sa tâche.

À quelques mois des élections, ses tergiversations en matière de langue et sa volte-face au sujet du projet de loi 96 sur la langue officielle et commune, le français, l’ont déstabilisée, elle qui avait présenté 27 propositions sur la langue française, mais en évitant que les membres du PLQ en débattent. Dominique Anglade, qui voulait réinventer le parti, a dû se replier sur un électorat jadis indéfectible pour sauver les meubles, avec les résultats que l’on connaît.

Le PLQ devra se redéfinir alors que son organisation est exsangue et ses appuis, ainsi que sa députation, sont concentrés dans le West Island. On peut se demander quelle sera la nature de la réflexion à venir et quelle place y trouvera l’électorat francophone.

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