Le poids de l’idéologie

Le gouvernement Trudeau a annoncé que le Canada accueillerait 500 000 immigrants par an d’ici 2025. C’est presque deux fois plus qu’avant l’arrivée des libéraux au pouvoir à Ottawa. Et c’est 50 000 de plus que la dernière cible, fixée l’an dernier. Et c’est sans compter le demi-million de travailleurs dits temporaires, qui occupent souvent des postes permanents, et d’étudiants étrangers qui débarquent en sol canadien.

Le Canada n’est plus seulement « le plus meilleur pays du monde », mais celui qui, de tous les pays de la planète, accueille le plus de nouveaux arrivants en proportion de sa population. Comme s’il y avait des olympiades de l’immigration et que Justin Trudeau voulait décrocher la médaille d’or.

En effet, le gouvernement Trudeau a gobé les thèses de la Century Initiative, un lobby qui milite depuis quelques années pour que la population canadienne grimpe à 100 millions d’individus d’ici 2100 — un beau chiffre rond, tout de même. L’immigration massive est un gage de prospérité ; elle mettra fin aux pénuries de main-d’oeuvre et parera au vieillissement de la population. Le simple fait d’être plus nombreux rend plus riche, peut-on résumer.

Or, cette stratégie, qui relève de l’idéologie, ne résiste pas à l’épreuve des faits.

Il n’y a pas de relation entre la taille de la population d’un pays et sa richesse. Tout au plus, et c’est mathématique, quand la population augmente, la taille de l’économie augmente. Mais ça ne signifie pas que la richesse par habitant s’accroît. Comme l’a bien démontré l’économiste Pierre Fortin, qui s’appuie sur maintes études, il n’y a pas de preuve qu’une expansion accélérée de l’immigration et de la population influerait dans un sens ou dans l’autre sur le niveau de vie des Canadiens.

Il est vrai que l’immigration peut aider une entreprise particulière à remédier à la pénurie de main-d’oeuvre à laquelle elle fait face. Mais l’arrivée d’immigrants, permanents ou temporaires, augmente la demande de main-d’oeuvre en général.

Le Québec est l’une des provinces où le vieillissement de la population est le plus prononcé. Mais elle n’est pas la seule à manquer de main-d’oeuvre. L’Ontario, qui accueille toutes proportions gardées plus d’immigrants que le Québec, est affecté par la rareté de main-d’oeuvre, dont se plaint d’ailleurs le premier ministre Doug Ford. Et c’est en Colombie-Britannique, dont le seuil d’immigration est supérieur en proportion à celui du Québec, que le taux de postes vacants est le plus élevé.

Désinvolte, le gouvernement Trudeau demande aux fonctionnaires d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) d’en faire plus, alors qu’ils sont débordés et que le service est devenu dysfonctionnel à bien des égards. On peut aussi se demander où ces nouveaux arrivants porteront leurs pénates tandis que, déjà, le pays manque cruellement de logements abordables.

Le gouvernement Trudeau continue à augmenter la cadence même s’il n’arrive pas à atteindre son objectif voulant que 4,4 % des immigrants hors Québec soient francophones, une cible qui n’est de toute façon pas suffisante compte tenu d’un taux d’assimilation effarant.

En un an et demi seulement, le Canada accueillera hors Québec autant d’immigrants qui parleront ou adopteront l’anglais qu’il s’y trouve de Canadiens qui parlent principalement le français à la maison, soit un peu moins de 600 000 personnes. Au Nouveau-Brunswick, l’avenir des Acadiens est menacé par une immigration qui favorise massivement l’anglais, et le gouvernement Trudeau regarde ailleurs.

Pour le Québec, qui fait figure de mauvais coucheur, Justin Trudeau et son sbire Pablo Rodriguez ont une solution toute simple : en vertu de l’accord Canada-Québec sur l’immigration, le gouvernement Legault a tous les pouvoirs nécessaires pour sélectionner autant d’immigrants qu’il faut pour maintenir le poids démographique des Québécois au sein de la fédération, c’est-à-dire de hausser de 50 000 à 115 000 le seuil annuel d’immigrants reçus. Merci pour la suggestion, mais pour le réalisme, on repassera.

Le système d’immigration québécois est enrayé. L’incurie administrative du gouvernement fédéral n’aide en rien, mais c’est la donne qui a changé : la sélection des immigrants passe désormais par la filière des travailleurs prétendument temporaires, choisis par les entreprises avec l’imprimatur d’Ottawa, et celle des étudiants étrangers.

C’est un énorme défi qui attend la nouvelle ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette : celui de reprendre le contrôle de notre système d’immigration, si tant est que ce soit possible dans cette fédération impériale qui se construit sans égard à la nation québécoise.
 



Une version précédente de ce texte a été modifiée: il est bien question du ministre du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez.

 

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