Transition énergétique et création de richesse

En dévoilant son Conseil des ministres composé de 30 membres, François Legault s’est engagé à accélérer la transition énergétique, visant à faire du Québec le premier endroit au monde pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre et pour l’économie verte.

Dans cette vision, transition énergétique et économie sont étroitement liées, et aussi l’énergie d’Hydro-Québec. Le rôle élargi de Pierre Fitzgibbon est confirmé, lui qui ajoute le portefeuille de l’Énergie à ses responsabilités de ministre de l’Économie et de l’Innovation. Comme si son assiette n’était pas suffisamment pleine, il devient ministre responsable de la Métropole. Montréal obtient un ministre de poids pour la représenter, mais aussi fort occupé.

Il faut souligner que François Legault prend la tête d’un nouveau comité de l’économie et de la transition énergétique réunissant, outre le ministre de l’Économie, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, le ministre responsable des relations avec les Premières Nations et les Inuits (un vocable qui remplace Affaires autochtones), Ian Lafrenière, des représentants des Premières Nations et, enfin, la p.-d.g. d’Hydro-Québec, Sophie Brochu. Ce ne sera pas seulement au mégaministre Fitzgibbon de faire les arbitrages entre les exigences de la transition énergétique et les nouveaux projets économiques, mais on comprend que la création de richesse pèsera lourd.

Il faut noter que Benoit Charette, en plus de l’Environnement, hérite de la responsabilité de la Faune et des Parcs qu’il enlève au ministre des Forêts. Que ce soit le ministre des forestières qui soit chargé de la protection de la faune est une aberration, dénoncée par les écologistes, que François Legault a corrigée d’un trait de plume.

Il faut aussi saluer l’arrivée de Bernard Drainville à l’Éducation, la priorité des priorités du chef caquiste. C’est un ministre solide et capable, qui aura fort à faire. Sa nomination est sans doute une bonne nouvelle, compte tenu de son style, pour ceux qui déplorent l’élitisme grandissant d’une école devenue à plusieurs vitesses.

Ministre de l’Éducation lors du premier mandat, Jean-François Roberge, qui a connu sa part d’ennuis, devient ministre de la Langue française, une nouvelle fonction depuis l’entrée en vigueur de la Loi 96, et ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne. À ce dernier titre, il remplace Sonia LeBel avec qui le gouvernement Trudeau et son ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, entretenaient d’excellents rapports, trop bons sans doute. Il n’est pas sûr que l’arrivée de Jean-François Roberge aux Relations canadiennes signifie autre chose que la continuation d’une approche qui a donné de maigres résultats.

Première députée autochtone à l’Assemblée nationale, Kateri Champagne Jourdain est nommée à l’Emploi, une responsabilité bien choisie compte tenu du potentiel en main-d’oeuvre des Premières Nations. Elle profite du dépouillement infligé à Jean Boulet, qui perd en plus la Solidarité sociale, confiée à Chantal Rouleau, pour ne conserver que le Travail.

Dans son allocution, François Legault a parlé avec de nouveaux mots de l’immigration en la présentant « comme une solution pour l’avenir du français plutôt que comme un problème. Donc, on va se concentrer sur l’ajout à la majorité francophone ». Pour y arriver, il a nommé la députée de Sanguinet, Christine Fréchette, une femme intelligente qui a dirigé la Chambre de commerce de l’est de Montréal. Comme 80 % des immigrants s’installent dans la région de Montréal, c’est une nomination qui se défend, en dépit des velléités de régionalisation du gouvernement caquiste.

En santé, le ministre Christian Dubé sera appuyé par deux ministres : Lionel Carmant, qui reprend ses fonctions aux Services sociaux, mais comme ministre responsable plutôt que ministre délégué, et la nouvelle venue Sonia Bélanger, ancienne p.-d.g. du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal. Ils ne seront pas trop pour assurer la « refondation » du système de santé, mais aussi pour faire face à ses problèmes criants.

Les deux tiers des membres du nouveau cabinet ont été ministres lors du premier mandat, et la plupart de ces ministres occupent essentiellement les mêmes fonctions. Ça, c’est de la continuité. Sont réunis des ministres expérimentés et de nouvelles figures qui ne manquent pas de compétence. En ce sens, la nouvelle mouture, aguerrie et éprouvée pour beaucoup, affiche une solidité dont on pouvait douter il y a quatre ans.

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